Sauver Le Darfour dans le monde

Washington presse Pékin de faire davantage pour le Darfour

Ap, 08 Février 2007

A l'heure où le président Hu Jintao s'apprête à boucler sa tournée marathon en Afrique, l'envoyé spécial des Etats-Unis au Soudan, Andrew Natsios, a appelé jeudi Pékin à avoir recours à des "mesures plus vigoureuses" si Khartoum continue de faire preuve d'intransigeance sur le dossier du Darfour.

"L'important investissement économique de la Chine au Soudan lui offre une influence potentielle considérable, et nous avons clairement fait comprendre à Pékin que la communauté internationale attendait de la Chine qu'elle fasse partie de la solution", a précisé M. Natsios, qui s'est entretenu cette année du Darfour avec les dirigeants chinois lors d'une visite à Pékin.

S'il a jugé positif le rôle de la Chine dans l'accord intervenu à l'automne dernier sur le déploiement d'une force "hybride" ONU-Union africaine au Darfour pour protéger quelque 2,5 millions de personnes confrontées au danger de violences intercommunautaires, il a dans le même temps exhorté Pékin à prendre "des mesures plus vigoureuses", dans le cadre d'une déclaration qu'il devait faire devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants.

Le président de ladite commission Tom Lantos a pour sa part critiqué le rôle de la Chine au Darfour, accusant le président Hu Jintao d'avoir généreusement offert de reconstruire le palais présidentiel au Soudan lors d'une visite dans le pays la semaine dernière. Il a laissé entendre que Hu envoyait un mauvais message aux autorités de Khartoum.

Se déclarant "fatigué d'attendre une solution diplomatique", il a appelé à des "sanctions fortes multilatérales" contre le Soudan, dont un embargo sur les investissements dans le pays.

La violence n'a fait que s'aggraver au Darfour depuis la signature d'un accord de paix entre le gouvernement et un groupe rebelle en mai. Le régime de Khartoum est accusé d'être à l'origine d'une brutale répression contre les tribus de la région. Plus de 200.000 personnes ont été tuées en quatre ans de conflit.

Pour J. Stephen Morrison, directeur du programme Afrique du Centre d'études internationales et stratégiques, qui a rendu public jeudi un rapport sur les relations sino-africaines, les responsables chinois "commencent à reconnaître qu'ils ont certains problèmes en Afrique". Il estime que la politique de non-ingérence de Pékin, comme pour le conflit au Darfour, est intenable.

Jusqu'à récemment, la Chine résistait à l'utilisation de sa puissance économique pour influencer les responsables soudanais. Mais Hu "a pris une grande mesure, pour les Chinois" durant sa visite au Soudan la semaine dernière: il a exhorté le président Omar el-Béchir à autoriser les Nations unies à jouer un plus grand rôle au Darfour, où les soldats de l'UA n'ont pas réussi à protéger les civils, note M. Morrison.

Reste que la Chine s'oppose à toute sanction contre le Soudan et combattrait certainement une initiative américaine contre les entreprises qui font des affaires au Soudan. Pékin y achète les deux-tiers de son pétrole.

Jeudi, le président chinois est arrivé au Mozambique, dans le cadre de sa tournée de 12 jours qui l'a déjà conduit au Cameroun, au Liberia, au Soudan, en Zambie, en Namibie et en Afrique du Sud. Il doit achever son déplacement vendredi et samedi aux Seychelles.

D'après Pékin, les relations commerciales de la Chine avec l'Afrique ont grimpé à 39,7 milliards de dollars l'an dernier, lui permettant de doubler la Grande-Bretagne pour devenir le troisième partenaire commercial du continent noir, après les Etats-Unis et la France.