Sauver Le Darfour dans le monde

RAPPORT DE RSF

Soudan - Rapport Annuel 2007, 01 Janvier 2007

Superficie : 2 505 810 km2.
Population : 36 233 000.
Langues : arabe, anglais.
Chef de l’Etat : Omar Hassan al-Bashir.

Les journalistes soudanais sont une proie facile pour un gouvernement qui use et abuse d’une législation liberticide, d’un nationalisme teinté de religion et d’un contexte régional troublé pour justifier la répression. Une quinzaine d’entre eux ont été arrêtés en 2006, ainsi que deux reporters étrangers, témoins gênants des massacres du Darfour.

Les massacres du Darfour sont une plaie ouverte pour le Soudan, une blessure dont le gouvernement ne supporte pas que l’on s’approche. Deux journalistes étrangers et leurs collaborateurs ont fait les frais de cette nervosité extrême, en 2006, en étant jetés en prison pour s’être intéressés de trop près au drame de cette immense région frontalière avec le Tchad.

Le photographe et militant humanitaire slovène Tomo Kriznar, par ailleurs conseiller du président de son pays, a été arrêté le 19 juillet dans le Nord-Darfour. Il a été condamné le 14 août à deux ans de prison par la cour pénale d’El Fasher, capitale de l’Etat. Il était poursuivi pour “espionnage”, “publication de fausses nouvelles” et “entrée au Soudan sans visa”. Lors d’une audience, le 1er août, Tomo Kriznar avait reconnu être entré au Soudan sans visa depuis la frontière tchadienne, sur l’invitation du Mouvement de libération du Soudan (SLM), mais avait rejeté l’accusation d’espionnage. Le visa lui avait été refusé par l’ambassade du Soudan à Vienne (Autriche), à cause de ses écrits jugés “négatifs”. Il a en effet publié plusieurs articles dans les journaux slovènes et sur son site Internet, www.tomokriznar.com, sur la situation au Darfour. Au terme d’âpres négociations, Tomo Kriznar a bénéficié d’une amnistie présidentielle, le 2 septembre.

Quelques semaines plus tard, le 6 août, le reporter américain Paul Salopek, qui réalisait un reportage sur la région du Sahel pour le mensuel privé américain National Geographic, a été arrêté par les forces de sécurité gouvernementales, en compagnie de ses collaborateurs. Il était en possession de deux passeports américains, une pratique fréquente pour les journalistes couvrant les zones de conflit, et de photographies satellites de la région disponibles sur Internet. Inculpé d’“espionnage” et de “diffusion illégale d’informations”, il a également été accusé d’avoir pénétré sur le territoire soudanais sans visa. Paul Salopek, par ailleurs correspondant du quotidien Chicago Tribune, son interprète Suleiman Abakar Moussa et son chauffeur Idriss Abdulraman Anu, tous deux de nationalité tchadienne, n’ont dû leur libération, le 9 septembre, qu’à l’intervention obstinée du gouverneur de l’Etat du Nouveau-Mexique, Bill Richardson.

Le tort de ces deux journalistes était surtout d’être venus, en dépit des obstacles administratifs et politiques, couvrir une actualité que le gouvernement soudanais voudrait cacher. De nombreux actes d’intimidation ou des menaces à peine voilées ont été dirigés contre les envoyés spéciaux étrangers, présents au Darfour ou à Khartoum.

Des proies faciles

Les journalistes soudanais sont une proie facile pour le pouvoir. Plus d’une quinzaine d’entre eux ont été arrêtés dans le courant de l’année 2006, en dépit de la levée officielle de la censure et des lois d’exception, en juillet 2005. L’un d’eux a même été assassiné, traumatisant une profession qui vivait déjà dans la crainte de la répression. Le corps décapité de Mohamed Taha, rédacteur en chef du quotidien privé soudanais Al-Wifaq, a en effet été retrouvé par la police, le 6 septembre, dans une rue d’une banlieue sud de Khartoum. Le journaliste avait été kidnappé par plusieurs hommes masqués, la veille dans la soirée, à son domicile situé dans l’est de la capitale. Il avait été conduit à bord d’une voiture vers une destination inconnue. Sa famille avait immédiatement signalé l’enlèvement à la police.

En 2005, Mohamed Taha avait été jugé pour “blasphème”, suite à la plainte d’un groupe fondamentaliste nommé Ansar al-Sunnah. L’article incriminé, rédigé par ce journaliste, par ailleurs membre du mouvement des Frères musulmans, évoquait un manuscrit islamique vieux de plus de cinq siècles qui soulèverait des doutes sur la généalogie du Prophète. Après la parution de l’article, d’importants rassemblements avaient été organisés par des imams de Khartoum pour exiger que le journaliste soit mis à mort. Son journal avait été suspendu pendant deux mois.

Les soupçons se sont tout de suite portés sur les islamistes radicaux, mais aussi sur les rebelles du Darfour, dont Mohamed Taha était l’un des ennemis déclarés. Abou Obeida Abdallah, journaliste du quotidien privé Al-Rai al-Aam, a été maintenu en détention du 29 septembre au 15 octobre, officiellement dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Mohamed Taha. Il avait par ailleurs couvert le sommet d’Abuja entre le gouvernement et des groupes rebelles du Darfour au mois de mai. Rien n’a filtré sur son interrogatoire. A la fin de l’année, aucune conclusion satisfaisante n’avait été atteinte par les enquêteurs soudanais sur l’assassinat.