Sauver Le Darfour dans le monde

La Chine cherche à conquérir l’Afrique

Armees, 31 Janvier 2007

Le président de la RPC Hu Jintao a entamé mardi une grandiose tournée en Afrique : il visitera huit pays d’Afrique en 12 jours. En plus de la signature des accords commerciaux, Hu Jintao mènera des pourparlers sur le déploiement de soldats de la paix chinois sur le continent Noir, tout d’abord au Darfour où les monopoles pétroliers d’Etat chinois ont conclu des contrats pour plusieurs milliards de dollars. Bref, Pékin commence une large expansion en Afrique et, en fait, inaugure le repartage de ce continent. Ce processus peut saper considérablement les positions des Etats-Unis, de l’Union européenne et de la Russie dans la région.

La Chine avait commencé à manifester un vif intérêt pour l’Afrique riche en ressources minérales dès les années 90, mais ce n’est qu’après l’arrivée au pouvoir de l’équipe de Hu Jintao que les rapports avec l’Afrique sont devenus l’une des priorités occultes de la politique étrangère chinoise. La RPC importe actuellement d’Afrique un tiers du pétrole qu’elle consomme (près de 800000 barils par jour). Depuis 2000, le chiffre d’affaires des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique s’est accru de cinq fois, l’année dernière, de 40 %, pour dépasser 55 milliards de dollars.

L’Afrique est devenue, pour la Chine, l’une des principales sources de matières premières et un débouché important pour les produits chinois. Vers la fin de 2006, les Chinois ont investi près de 8 milliards de dollars en Afrique. Le ministère chinois du Commerce a annoncé lundi qu’il accorderait ces trois dernières années un crédit avantageux de 3 milliards de dollars aux pays d’Afrique.

Tant que Moscou et Washington se disputent pour les sphères d’influence au Proche-Orient et dans l’espace postsoviétique où le contrôle des ressources énergétiques et les livraisons de matières énergétiques s’accompagnent inévitablement de sérieux risques politiques et d’inconvénients, le sage singe chinois qui préfère traditionnellement observer le combat entre deux tigres du sommet d’une montagne obtient l’accès aux matières premières dans d’autres régions du monde et dans d’autres circonstances : en important des hydrocarbures ou des métaux sans avoir à subir les conséquences des conflits indésirables, mais inévitables dans les autres régions.

Négligeant l’Afrique, d’autres puissances ont facilité elles-mêmes la tâche de la Chine. La visite effectuée l’année prochaine par Vladimir Poutine en Afrique du Sud, unique visite du président russe sur le continent Noir depuis la désintégration de l’URSS, ne pouvait avoir d’effets spectaculaires. Le président George Bush s’est également rendu une fois en Afrique, en 2003, et même un bref regard sur les doctrines de la politique étrangère de Washington montre que l’Afrique ne figure pas parmi les priorités américaines. Pékin n’avait qu’à soulever de terre un lingot d’or africain qui s’y trouvait.


Mais il serait simpliste d’affirmer que les Chinois vont en Afrique uniquement pour accéder à ses ressources. Les enjeux sont bien plus grands. La possibilité d’envoyer dans cette région un contingent chinois muni d’un mandat international n’est pas moins importante que les contrats et les projets économiques.

En l’obtenant, la Chine recevra une sorte de certificat international témoignant de son leadership non seulement économique, mais aussi géopolitique, sans pompe, de façon à ce ni le président Bush, ni le président Poutine ne remarquent l’affirmation de ce leadership.