Sauver Le Darfour dans le monde

Hu Jintao en tournée en Afrique pour consolider la présence économique chinoise sur le continent

Le Monde, 02 Février 2007

Le président chinois Hu Jintao a commencé, mardi 30 janvier, sa troisième visite officielle en Afrique depuis son accession au poste de chef de l'Etat, en 2003. Après le Cameroun et le Liberia, le "numéro un" chinois est arrivé, vendredi 2 février, au Soudan. Cette tournée marathon, qui durera un total de douze jours, l'amènera également en Zambie, en Namibie, en Afrique du Sud, au Mozambique et aux Seychelles.

L'aspect le plus controversé de ce voyage dont le but est d'ancrer un peu plus encore la présence de la Chine dans le continent noir est sans nul doute le Soudan, en raison des liens entretenus par Pékin avec le régime de Khartoum, accusé de violations des droits de l'homme dans la province du Darfour.

Le Soudan, où Pékin est devenu le principal investisseur étranger dans le secteur des hydrocarbures, représente à l'évidence pour la Chine un pays-clé dans sa stratégie de diversification d'approvisionnement en pétrole. Pressées de se retirer du Soudan en raison de ses violations des droits de l'homme au Darfour, les compagnies occidentales, notamment américaines et canadiennes, ont laissé le champ libre à la République populaire pour s'engouffrer dans le vide ainsi créé. Peu soucieuse de la nature des régimes avec lesquels elle traite, la Chine est accusée par les Occidentaux de cynisme dans sa manière d'exploiter à son profit les ressources énergétiques dont son économie a cruellement besoin. Dans la mesure où Pékin semble soucieux d'améliorer son image à l'approche des Jeux olympiques de 2008, Hu Jintao pourrait s'efforcer cette fois de démontrer à la communauté internationale qu'il entend faire pression sur Khartoum. Il s'agirait de le convaincre d'accepter l'envoi d'une force de paix mixte, constituée de casques bleus de l'ONU et de soldats de l'Union africaine, dont la mission serait de régler la crise au Darfour.

La Chine, qui exporte des armes au Soudan, soutient cependant qu'elle n'en envoie pas dans des régions en guerre. Tout en insistant qu'elle poursuivra sa coopération militaire avec Khartoum, la République populaire affirme que la visite du président Hu contribuera "à la paix et à la stabilité dans cette région", ainsi que l'a affirmé, la semaine dernière, un responsable du ministère des affaires étrangères, Zhai Jun.

"Le Soudan ne peut tolérer des velléités d'indépendance du Darfour", déclare le directeur des études africaines de l'Institut chinois des relations internationales contemporaines, Xu Weizhong. "La Chine s'efforce de convaincre les autorités de Khartoum tout en menant une politique pragmatique. Personne n'a interêt à voir s'écrouler le régime soudanais", précise-t-il.

Depuis le début de la crise au Darfour, la Chine a systématiquement protégé le Soudan contre des sanctions trop sévères du Conseil de sécurité des Nations unies. "Pour eux, il ne faut pas toucher à la question du pétrole, c'est une ligne rouge", assure un diplomate occidental.

Pékin s'est abstenu sur toutes les résolutions de l'ONU (1556, 1564, 1591, 1672, 1706) qui ont visé à sanctionner le Soudan ou des responsables militaires soudanais, à mettre en place un embargo sur les armes à destination du Darfour, à instaurer une commission d'enquête sur les crimes commis dans l'ouest du Soudan, ou à décider de l'envoi de près de 20 000 casques bleus et policiers.

La Chine a toutefois quelque peu infléchi sa position en aidant Kofi Annan, à Addis Abeba, en novembre 2006, à convaincre le gouvernement soudanais d'accepter le principe du déploiement d'une force "hybride" au Darfour, composée de casques bleus et de soldats africains. L'ambassadeur de la Chine à l'ONU, Wang Guangya, s'était rendu sur place pour faire pression sur la partie soudanaise.