Sauver Le Darfour dans le monde

La Chine priée de s’ingérer au Darfour

L'humanité, 02 Février 2007


Le président Hu Jintao, aujourd’hui à Khartoum, pourrait demander le déploiement de casques bleus dans la province déchirée par la guerre civile.

Khartoum, où le président chinois est attendu aujourd’hui pour une visite de deux jours, dans le cadre d’une tournée dans huit pays africains, sera, sans doute, l’étape la plus controversée de la tournée de Hu Jintao. Une initiative diplomatique de Pékin y serait appréciée dans le cadre des efforts internationaux pour mettre un terme à la guerre civile au Darfour. S’en tenant jusque-là au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays avec lesquels elle commerce, la Chine s’est vue accusée ces derniers mois d’entretenir des liens étroits avec le régime soudanais - qui l’approvisionne en pétrole - et de soutenir ce dernier dans son refus d’envoyer des casques bleus au Darfour. Une mission conjointe entre l’ONU et l’Union africaine doit effectivement y prendre le relais de la force de l’UA comme le prévoit la résolution 1706 d’août 2006 mais se heurte au veto d’Al Bechir. C’est là que le président chinois pourrait intervenir en usant de son influence. Sa visite serait pour Pékin l’occasion de montrer sa volonté de participer aux efforts internationaux pour régler la crise soudanaise. En tant que premier acteur économique étranger au Soudan, la Chine pourrait réussir là où des mois de pressions occidentales ont échoué. Ce qui inaugurerait une nouvelle approche de la diplomatie chinoise en tant qu’acteur plus actif sur la scène internationale en conformité avec son statut de membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU. Hu Jintao a-t-il envie d’assumer ce rôle ? Ce qu’a laissé entendre le vice-ministre des Affaires étrangères, Zhai Jun, selon lequel « cette visite renforcera non seulement les liens bilatéraux, mais aussi la paix et la stabilité dans la région ». Mardi, Pékin annonçait l’envoi d’un contingent de soldats chinois pour participer à la mission des casques bleus au Soudan.

Ces dernières semaines, les États-Unis et Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, ont demandé au président chinois de faire pression sur le président soudanais. L’émissaire de George W. Bush pour le Darfour, Andrew Natsios, avait indiqué, lors de sa visite à Pékin en janvier, que Washington et Pékin avaient décidé de coopérer pour obtenir une paix négociée. La secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice s’était aussi entretenue à ce sujet avec son homologue chinois, Li Zhaoxing. Mais Khartoum s’était alors déclaré surpris par la volonté américaine de pousser la Chine à intervenir sur ce dossier, et Pékin avait démenti avoir subi des pressions de Washington.

Le quotidien de Hong Kong, The South China Morning Post dans sa livraison de mardi insiste sur les responsabilités du chef de l’État chinois qui doit « aborder les questions politiques, surtout lors de son escale au Soudan ». Il en va, selon l’éditorialiste, de la crédibilité de la Chine, qui se réclame, rappelle le journal, d’« être un partenaire valable dans le combat pour la paix, la sécurité et la stabilité ». Le quotidien rappelle les contrats pétroliers et commerciaux lucratifs qui doivent être signés lors de la visite de Hu à Khartoum. « Si Pékin choisit de donner priorité à ces accords et non à ses obligations, le pays perdra son crédit », conclut l’éditorialiste.