Sauver Le Darfour dans le monde

La tournée africaine de Hu Jintao passe par le Soudan

Nouvel Observateur, 28 Janvier 2007

Sur fond d'inquiétude devant l'influence croissante de Pékin en Afrique, le président chinois Hu Jintao entame mardi sa troisième tournée sur le continent noir, un déplacement de 12 jours qui le conduira du Cameroun aux Seychelles en passant par le Soudan, étape cruciale durant laquelle la diplomatie de la Chine sera l'objet de toutes les attentions.

Ces dernières semaines, M. Hu a été enjoint par les Etats-Unis et le nouveau secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, d'utiliser sa position de client pétrolier du Soudan pour contraindre le régime de Khartoum à résoudre la crise du Darfour (ouest), province en proie à une guerre civile qui a déjà fait plus de 180.000 morts et deux millions de déplacés.

La communauté internationale, qui tente depuis des semaines d'envoyer une force onusienne ou mixte ONU-UA au Darfour, attend de la Chine qu'elle appelle clairement le Soudan à coopérer avec l'ONU dans la recherche d'une solution. Le président Hu se rendra à Khartoum vendredi prochain, quelques jours seulement après le 8e sommet de l'Union africaine à Addis Abeba, centré sur le drame du Darfour.

Les dirigeants chinois "vont devoir prendre une décision sur cette question", relève Lawrence Rossin de l'organisation américaine Save Darfur Coalition. "Ou bien leur diplomatie tranquille fonctionne, ou bien il leur faudra se rendre compte que (le président Omar el-Béchir) se moque d'eux aussi. Je ne pense pas qu'un pays comme la Chine puisse se contenter d'une réponse négative."

Les attentes suscitées par le voyage de Hu Jintao sont d'autant plus grandes que la Chine se pose désormais en Afrique en force rivale des anciennes puissances coloniales. Les échanges commerciaux sino-africains ont ainsi quadruplé la décennie passée pour s'élever à 40 milliards de dollars (33 milliards d'euros) en 2005. Pékin est en outre devenue l'un des tout premiers fournisseurs d'aide à l'Afrique, avec une assistance de 10 milliards de dollars (7,9 milliards d'euros) prévue entre 2006 et 2009.

M. Hu commence au Cameroun mardi cette tournée qui le mènera dans sept autres pays, le Liberia, nouvel ami de la Chine, le Soudan, la Zambie, la Namibie, l'Afrique du Sud, allié traditionnel de Pékin, le Mozambique et les Seychelles, Etat de l'océan Indien. A chaque étape, il sera question de commerce, de promesses d'aide et de rééchelonnement de dettes.

Tous ces pays ne sont toutefois pas à égalité s'agissant de leurs relations avec la Chine. Si les échanges commerciaux avec l'Afrique du Sud et le Soudan ont atteint respectivement 8,8 et 2,9 milliards de dollars l'an dernier, les Seychelles et le Mozambique n'ont pas le même attrait pour l'Empire du Milieu. Mais Pékin étend sa présence sur le continent et offre à ses nouveaux alliés africains une aide conditionnée à leur absence de liens avec Taïwan et leur soutien au Conseil de sécurité de l'ONU.

Comme le résume Francis Kornegay, analyste au Centre d'études politiques de Johannesburg, la Chine propose aux pays africains "un contrepoids à l'hégémonie américaine".