Sauver Le Darfour dans le monde

Le Darfour coûte la présidence de l'UA au Soudan

Par Barry Moody Et Marie-louise Gumuchian, 29 Janvier 2007


Le Ghana a été choisi pour prendre la présidence annuelle tournante de l'Union africaine à la place du Soudan, auquel le poste avait été promis l'an dernier, annonce le président de la commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré.

L'ancien président malien a précisé que le président ghanéen John Kufuor avait été choisi "par consensus" après les réserves exprimées par bon nombre des dirigeants présents au sujet du président soudanais Omar Hassan al Bachir.

"Le Soudan a apporté son soutien à cette décision", a-t-il ajouté.

La perspective d'une présidence soudanaise, promise à Khartoum lors du précédent sommet de l'UA, était décriée par des ONG et les gouvernements occidentaux qui voyaient mal comment le Soudan, en plein conflit au Darfour, pouvait prétendre diriger l'Union africaine.

Elle divisait également profondément l'UA. Alpha Oumar Konaré avait lui-même a accusé le Soudan dans son discours d'ouverture du sommet, lundi matin, d'attaquer des populations civiles au Darfour.

"Nous lançons un appel au gouvernement du Soudan pour qu'il cesse d'attaquer et de bombarder le Darfour et pour qu'il rétablisse au contraire la paix", avait-il dit.

Amnesty International avait estimé pour sa part que la crédibilité de l'Union africaine serait entamée si elle choisissait comme pays président le Soudan "alors même qu'il défie les décisions de l'UA et de l'Onu sur le déploiement de forces de maintien de la paix au Darfour".

Le Tchad menaçait pour sa part de quitter l'organisation si la présidence revenait à Khartoum.

Omar Hassan al Bachir s'oppose au déploiement de la mission de casques bleus de l'Onu au Darfour, une région de l'ouest soudanais où une guerre civile est en cours depuis février 2003.

MAINTIEN DE LA PAIX EN SOMALIE

La bataille pour la présidence menaçait d'éclipser tous les autres sujets à l'ordre du jour du sommet d'Addis-Abeba. La médiation entreprise par le président sud-africain Thabo Mbeki et une commission de sept "sages" a permis d'éviter la crise.

Les délégués vont pouvoir désormais se concentrer sur les dossiers brûlants de l'actualité africaine: la mission de l'UA au Darfour, les troubles survenus récemment en Guinée ou le déploiement de la future force de maintien de la paix en Somalie.

Réunis avant le sommet, les ministres des Affaires étrangères de l'UA ont adopté un projet de déclaration soulignant que l'intervention éthiopienne en Somalie, qui a aidé les forces du gouvernement fédéral de transition à évincer les milices des Tribunaux islamiques, avait créé une occasion sans précédent pour le rétablissement de la paix dans ce pays de la Corne de l'Afrique.

L'UA tente de finaliser le déploiement et le financement d'une force de maintien de la paix de 8.000 soldats appelée à prendre le relais du contingent éthiopien, dont le tiers des effectifs sont censés avoir été rapatriés ce week-end, le reste devant l'être dans les prochaines semaines.

L'Ouganda, le Malawi et le Nigeria ont promis des troupes. Le Mozambique et le Ghana, nouveau président en exercice de l'UA, envisagent, parmi d'autres, d'y participer également.