Sauver Le Darfour dans le monde

La guerre au Darfour domine le sommet africain

Le Monde, 29 Janvier 2007

L'Union africaine (UA) a ouvert, lundi 29 janvier, un huitième sommet marqué par l'enlisement de la crise au Darfour, dans l'ouest du Soudan, qui menace d'engouffrer le Tchad et la République centrafricaine.

"Le Darfour nous interpelle", a déclaré le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré. "Nous lançons un appel ardent à notre ami soudanais (...) : arrêtez vos attaques, arrêtez vos bombardements ! (...) La paix au Soudan, c'est la paix au Tchad, en République centrafricaine", a-t-il ajouté, évoquant une "guerre que nous ne voulons pas voir".

En dépit de son rôle dans un conflit qui aurait fait quelque 200 000 morts et près de 2,5 millions de réfugiés, le régime soudanais n'a pas renoncé à briguer la présidence de l'organisation africaine, qui lui avait échappé en 2006.

Selon plusieurs diplomates, le président soudanais, Omar Al-Bachir, a peu de chances d'obtenir le poste. Diverses options sont à l'étude au sein d'une organisation soucieuse d'améliorer son bilan en matière des droits de l'homme. Faute de mieux, le mandat de l'actuel président de l'UA, le Congolais Denis Sassou Nguesso, pourrait être prolongé de six mois.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, devait rencontrer, lundi, le président soudanais, qu'il doit convaincre d'accepter le déploiement d'une force "hybride" de près de 20 000 hommes au Darfour, en proie, selon lui, à "la pire catastrophe humanitaire du monde", malgré la présence de 7 000 soldats de l'UA.

Il devait s'agir de la première épreuve de force diplomatique du nouveau secrétaire général de l'ONU, qui a estimé que "la communauté internationale ne (pouvait) plus simplement ignorer la souffrance de millions de personnes". "Je vais l'exhorter à mettre un terme à tous ces bombardements et à ces attaques contre les civils", a déclaré M. Ban à l'adresse du dirigeant soudanais, dans l'avion qui l'emmenait à Addis-Abeba. La rencontre n'était pas confirmée lundi matin.

"BOUTS DE PAPIER"

Les Nations unies souhaitent négocier le déploiement au Darfour d'une force musclée, composée de casques bleus de l'ONU et de soldats de l'UA, et dirigée par un Africain. A plusieurs reprises, sous la pression de Kofi Annan, le régime de Khartoum a fait mine d'accepter un tel déploiement, avant de faire marche arrière.

"Plutôt que de faire de (nouvelles) promesses, il est important de mettre en oeuvre les promesses passées", a expliqué le secrétaire général de l'ONU, qui a promis d'exiger un engagement "sans ambiguïté" du Soudan. "Nous ne voulons pas seulement signer des bouts de papier", dit-on dans son entourage.

"Tant que la position du gouvernement soudanais n'est pas claire, nous ne pouvons pas obtenir d'offre ferme des pays contributeurs de troupes", prévient aussi le responsable du département de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno. La fragmentation des mouvements rebelles et le banditisme dans la région font craindre aux responsables de l'ONU un scénario à la somalienne.

Le sommet devait aussi évoquer l'envoi possible de missions de maintien de la paix à la frontière entre le Soudan, le Tchad, et la République centrafricaine. Les chefs d'Etat africains devraient par ailleurs demander à l'ONU de prendre la relève, au bout de quelques mois, de la mission de paix africaine en Somalie. Si les troupes africaines ne se déploient pas rapidement en Somalie, "ce sera le chaos", a prévenu M. Konaré.

Moins de la moitié des 8 000 hommes demandés pour cette force de paix par l'UA ont fait l'objet de promesses de contributions. Le président de la Commission de l'UA a par ailleurs appelé à un gouvernement somalien "plus représentatif", incluant les islamistes modérés.