Sauver Le Darfour dans le monde

Patrouilles françaises au Darfour

L'express, 09 Août 2004

Paris, qui craint une extension du conflit au Tchad, a positionné 200 hommes le long de la frontière avec le Soudan

Depuis le 1er août, des avions de l'armée française relient régulièrement N'Djamena, la capitale du Tchad, à Abéché, dans l'est du pays, afin de ravitailler les camps de réfugiés installés à la frontière de la province soudanaise du Darfour. Une initiative souhaitée par les organisations humanitaires, car la saison des pluies, qui vient de commencer, rend très difficile l'accès à cette région.

Décidée par Jacques Chirac, au lendemain du vote par le Conseil de sécurité de l'ONU d'une résolution qui donne trente jours au Soudan pour faire cesser les exactions au Darfour, la «mobilisation des moyens militaires français» comporte un autre volet, plus politique. Quelque 200 soldats français ont été positionnés le long de la frontière entre le Tchad et le Soudan. Objectif: bloquer les incursions au Tchad des djandjawids, ces milices arabes soutenues par le gouvernement de Khartoum qui terrorisent les tribus africaines du Darfour. Et rassurer le président tchadien, Idriss Déby, que certains pressent, chez lui, d'envoyer ses troupes au secours des ethnies africaines et de leurs mouvements de rébellion. Paris craint en effet, depuis longtemps, une exportation de la crise au Tchad. Non seulement parce que ce pays accueille aujourd'hui près de 200 000 réfugiés, mais aussi parce que ce sont les mêmes ethnies «africaines» et «arabes» qui sont présentes des deux côtés de la frontière. Une situation qui fait redouter aux autorités tchadiennes une «transposition» du conflit sur leur territoire. Le président Déby, qui appartient lui-même à l'une des ethnies africaines de l'Est, les Zaghawa, se voit en outre reprocher par certains de ses proches son refus d'intervenir militairement. Et ces dissensions ne seraient pas étrangères à la tentative de coup d'Etat du 16 mai dernier.

«Solution africaine»
Mais Paris s'efforce également de ménager Khartoum. Lors des débats aux Nations unies, la France s'était ainsi opposée à la mise en œuvre de sanctions «immédiates» - initialement proposée par Washington - afin de ne pas «braquer inutilement» le Soudan. D'où ce nouveau sursis d'un mois. Favorables à une «solution africaine» au conflit, les autorités françaises ont en revanche suggéré que la force d'observation de l'Union africaine, dont le déploiement devrait intervenir dans les prochaines semaines, soit également chargée du désarmement des milices, régulièrement promis mais jamais appliqué par Khartoum