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Soudan: L'ONU hésitante aux portes du Darfour

Le Figaro, 17 Janvier 2007

Des rebelles ont attaqué hier une ville de Centrafrique, Paoua, qui sert de base aux agences humanitaires distribuant des vivres aux victimes du conflit tchadien.

En quelques années, le Darfour et les confins tchado-soudanais sont devenus le nouveau centre de gravité des conflits africains. Une zone de tensions remplaçant, dans ses capacités de contagion, le Liberia ou l'Afrique des Grands Lacs des années 1990. Avec les derniers événements de Centrafrique, l'arc de crise s'étend du nord du Darfour jusqu'à Bangui, en passant par le Tchad. D'où la volonté de la communauté internationale de déployer au Darfour une force « hybride » UA-ONU, pour renforcer l'actuelle force africaine. Avec, en complément, une seconde force mise en place sur la frontière entre le Tchad, le Soudan et la Centrafrique.

À l'ONU, on discute toujours de l'opportunité d'envoyer cette seconde force. Le Conseil de sécurité prône l'envoi d'une nouvelle mission d'évaluation. La précédente avait amené Kofi Annan à mettre en garde contre les risques du déploiement d'une force aux lisières des trois pays. Une prudence qui ne fait pas l'affaire de la France. Paris milite pour ce déploiement, qui lui permettrait de rapatrier les troupes maintenues dans le nord de la Centrafrique depuis l'intervention contre la rébellion, en novembre.

Solidarité clanique

La guerre civile qui a éclaté en 2003, au Darfour, dans l'ouest du Soudan, a logiquement débordé, avec à la clé un conflit semi-ouvert entre Khartoum et N'Djamena. Les deux pays se livrent depuis à un jeu dangereux, par rébellions interposées. Par solidarité clanique, les Zaghawas tchadiens ont apporté leur soutien à des groupes insurgés du Darfour. En retour, Khartoum a offert armes et sanctuaire aux rebelles tchadiens. Par effet domino, la Centrafrique a été touchée : parce que le nord de son territoire a servi de zone de transit aux rebelles tchadiens partis du Soudan et parce que le président centrafricain, François Bozizé, ne tient que grâce au soutien du Tchadien Idriss Déby.

Au-delà de l'interaction de ces conflits locaux, les spécialistes craignent une déstabilisation de la bande sahélienne, qui court de l'Atlantique à l'océan Indien. De la Mauritanie à la Somalie, en passant par le Mali, le Niger, le Tchad... « Les conflits de nature politique en cours pourraient cristalliser un antagonisme latent entre populations arabes et négro-africaines », explique un observateur. Les récentes velléités d'expulsion de milliers d'Arabes tchadiens du Niger, après de violents heurts communautaires, ont d'ailleurs sonné l'alarme. D'autres acteurs viennent compliquer ce jeu régional trouble. Des islamistes, d'abord, plus ou moins liés à al-Qaida, et qui peuvent chercher refuge dans des zones hors de contrôle et propices aux trafics. C'est le cas du GSPC algérien - une préoccupation majeure des services français - au nord du Mali et du Niger. Autres « nouveaux venus » dans la région, les Chinois. Très présents au Soudan dans le secteur pétrolier, ils y ont aussi apporté des usines de matériel militaire. Certains, de manière sans doute excessive, n'hésitent pas à voir cette région d'Afrique déjà riche en sources de conflit comme un nouveau terrain d'affrontement entre Pékin et Washington...