Sauver Le Darfour dans le monde

Et pendant ce temps-là, au Darfour

Enjeux Internationaux, 01 Janvier 2007

Les nouvelles importantes virevoltent dans la sphère médiatique, envahissent les écrans, mobilisent les diplomates et les chefs d’Etat. Mais qu’est ce qui définit « une nouvelle importante » ? La puissance des acteurs de l’actualité ? Sans aucun doute. Leur couleur de peau ? Peut-être.
Le nombre de victimes ? Ca dépend.

Chaque jour, des dizaines de villageois sont tués dans les conflits croisés qui ravagent l’immense région du Darfour, aux confins du Soudan. Depuis quelques semaines, les combats s’étendent au Tchad et en Centrafrique, risquant à tout moment d’impliquer la France, dont les troupes sont stationnées dans la région. Les informations nous parviennent au compte gouttes, comme un Baxter, et sont souvent reléguées dans les colonnes des « nouvelles en bref ».

La crise du Darfour, une région traditionnellement négligée par le pouvoir central, couvait depuis de longues années. Elle a éclaté en février 2003 avec les premières attaques rebelles et une brutale riposte gouvernementale. Malgré les alertes des organisations humanitaires, les premiers reportages substantiels n’ont été publiés qu’en janvier 2004, 15.000 morts, un million et demi de réfugiés plus tard.

Aujourd’hui, le bilan est dévastateur : près de 300.000 personnes sont mortes, victimes de la guerre ou de ses conséquences, cent fois le bilan des attentats du 11 septembre contre les Tours jumelles.

Or, ce conflit continue à passer pratiquement inaperçu : il a reçu mille fois moins de couverture médiatique que le tsunami, l’Irak ou la guerre au Liban. Des affrontements entre tribus arabes et africaines, par ailleurs toutes de religion musulmane, dans une région isolée où ne voyage aucun Occidental, qui cela peut-il donc intéresser ?

Or, sans couverture médiatique, les Etats ne sont pas pressés d’agir. Aiguillonnés par le lobby des droits humains et par les églises, les Etats-Unis ont régulièrement donné de la voix, mais leur enlisement à Bagdad a rogné leur capacité d’action dans cette partie du monde. L’Union européenne a eu les mots justes mais elle a, comme à son habitude, limité son rôle au financement d’une force de l’Union africaine, sous-équipée et dotée d’un mandat d’impuissance.

Aujourd’hui, dans cette crise, le pays clé est la Chine. Pékin a massivement investi dans l’industrie pétrolière soudanaise et entrave systématiquement au sein des Nations unies toute mesure qui gênerait Khartoum.

Mais à Pékin, la presse est muselée, Internet est contrôlé et il n’y a pas de réseaux d’associations pour protester. Seul le souci de la Chine de soigner son image internationale, un an et demi avant les Jeux olympiques, pourrait l’influencer. Ce qui rend d’autant plus crucial le rôle de la presse internationale.
« Les journalistes ne couvrent pas les génocides, me disait, excédée et excessive, une collègue de New York. Ils couvrent les anniversaires des génocides ».

Ballotée de crise en tragédie, soumise à des impératifs d’espace et de temps, la presse ne peut accueillir tous les jours toute la misère du monde. Mais les impasses de l’actualité sont souvent les culs de sac de l’humanité.

Les impasses de l’information sont les culs de sac de l’humanité.