Sauver Le Darfour dans le monde

Des enfants soldats sont enrôlés au Darfour et au Tchad

Le Figaro, 11 Janvier 2007

L'ONG Human Rights Watch confirme les méthodes utilisées par tous les belligérants.

L'ONG Human Rights Watch accuse le Tchad et le Soudan. Le rapport, titré « Ils sont venus pour nous tuer : attaques des milices et agression contre les civils dans l'est du Tchad », a été publié à la veille de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, qui devait étudier hier l'envoi d'une force d'interposition dans la région.

L'ONG américaine confirme les informations qui circulaient depuis plusieurs mois sur l'utilisation d'enfants soldats par toutes les parties, « y compris les forces tchadiennes ». Ces petits militaires parfois âgés de 11 ou 12 ans ont été la cause d'échanges acerbes entre le président Jacques Chirac et son homologue Idriss Déby. La France, dont les avions basés au Tchad ont repoussé des colonnes rebelles venues de l'Est, a menacé de retirer son soutien si le Tchad persistait envoyer des gamins sur le front, selon des sources tchadiennes et françaises. Quant au rapport de Human Rights Watch, il dresse un tableau apocalyptique de la situation dans l'est de cette ancienne colonie française.

« Le Tchad et le Soudan soutiennent les insurgés des deux côtés de la frontière, tandis que des mi­lices ravagent l'est du Tchad et que les civils sont abandonnés à eux-mêmes », affirme Peter Takirambudde, directeur de la division Afrique de l'ONG. Selon lui, la guerre du Darfour, qui oppose l'armée soudanaise, soutenue par des mi­lices arabes locales, aux rebelles et aux civils africains, se déroule aussi au Tchad, où les mêmes ethnies se retrouvent le long de la frontière, comme dans un miroir. Le gouvernement soudanais, qui s'était engagé à les désarmer, « continue à recruter et à armer les milices arabes, les Janjawids, comme partie intégrante de sa stratégie anti-insurgés au Darfour », dit HRW.

Des milliers de réfugiés

Ces groupes armés attaquent les camps du Tchad, où s'entassent des centaines de milliers de réfugiés soudanais « africains » appartenant aux ethnies des insurgés, principalement des Masalits et des Zaghawas, qui ont fui les ravages des Janjawids. Les villages de l'Est tchadien, où vivent les mêmes ethnies, sont aussi attaqués. Mais parmi les attaquants figurent également des Tchadiens qui ont rejoint le Darfour. « Un cycle dangereux s'est installé, dit l'ONG. Le gouvernement soudanais soutient des rebelles tchadiens basés au Darfour. En représailles, le gouvernement tchadien soutient des rebelles soudanais établis au Tchad. »

Résultat : au Tchad, c'est le chaos des milices. Des Arabes tchadiens, qui forment environ 20 % de la population, sont allés rejoindre les Janjawids. Des Zaghawas et des Masalits tchadiens aident pour leur part la rébellion soudanaise. Celle-ci recrute ouvertement parmi les réfugiés soudanais des mêmes ethnies dans les camps du Tchad. Là où l'affaire se complique encore, c'est que certains d'entre eux ont aussi pour but de renverser le président tchadien Idriss Déby.

Ce jeu pervers suscite sa propre dynamique au Tchad, où toutes les ethnies ont monté des groupes d'autodéfense qui s'affrontent. Human Rights Watch accuse le président tchadien, préoccupé principalement par la protection de la capitale, de laisser un « vide sécuritaire » le long de la frontière.