Sauver Le Darfour dans le monde

Solidarité le patineur de vitesse américain, double médaillé, va reverser sa prime de victoire pour le Darfour

La Croix, 20 Février 2006

Joey Cheek, un champion pour le Darfour !

« Je me suis toujours intéressé à l'histoire et à la politique. Je regarde aussi souvent la BBC et CNN Europe. Comme beaucoup de gens, j'ai donc entendu parler du Darfour. J'ai entendu mon gouvernement, celui des États-Unis, parler de génocide à propos de ce qui se passait là-bas. Je me disais: c'est terrible mais qu'est-ce que je peux y faire, moi, en étant si loin ?» C'était samedi soir à la patinoire Oval-Lingotto de Turin. Deux heures plus tôt, Joey Cheek, un Américain de 26 ans, avait remporté la médaille d'argent du 1000 mètres en patinage - de vitesse. Une belle, performance cinq jours après avoir décroché la médaille d'or; sur 500 mètres.

Samedi soir, davantage que de ses médailles, Joey Cheek parlait encore et toujours du Darfour. De cette région du Soudan en proie à une crise humanitaire dramatique, conséquence d'un conflit entre des tribus sédentaires d'origine africaine et des tribus arabes nomades soutenues par le pouvoir de Khartoum. Le Darfour, ce conflit oublié qui, en trois ans, a fait entre 180 000 et 300 OOO morts et provoqué le déplacement de deux millions de personnes. Ce drame humanitaire sans images pour lequel les ONG ont tant de mal à mobiliser les donateurs.

Lundi, après sa victoire sur 500 mètres, Joey Cheek avait annoncé qu'il allait reverser sa prime de victoire olympique, soit 25 000 dollars, pour aider les habitants du Darfour. Il avait alors précisé que la somme serait attribuée à une organisation, Right to play, fondée par Johann Koss, un patineur de vitesse norvégien, triple champion olympique aux Jeux de Lillehammer.

Enfin connaisseur de la manière dont fonctionne la communication dans un événement mondial comme les Jeux olympiques, Joey Cheek avait aussi invité ses sponsors et les entreprises soutenant les Jeux à donner une somme équivalente à la sienne.

« Les retombées ont été incroyabl es, explique le patineur américain. J'ai reçu des centaines de courriers électroniques de tous les États-Unis de gens qui voulaient faire un don ou s'informer de ce qui se passait là-bas: De très nombreuses entreprises ont aussi donné de l'argent. »

Sur son site Internet, l'association Right to play indique avoir déjà reçu 3.millions de dollars à la suite de l'appel lancé par Joey Cheek, qui explique simplement ses motivations. «Lorsque j'ai gagné ma médaille d'or, j'ai pensé à tous les gens qui m'ont aidé à en ar river là, à ma famille, mes amis. Et je me suis dit que la meilleure façon de les remercier, c'était d'aider des gens qui ont besoin d'autre chose que d'une médaille, juste de la nourriture et des médicaments.»

Samedi, l'autre héros à l'a patinoire Lingotto, c'était Shani Dav is, médaille d'or sur 1000 mè tres . Une victoire qui, elle aussi, dépasse le simple cadre du sport. Cet Américain de 23 ans est en effet le premier Noir à remporter une épreuve individuelle aux jeux olympiques d'hiver Vonetta Flowers était montée sur la plus haute marche du podium à Salt Lake City en 2002 mais c'était en bobsleigh à deux.

Élevé par sa mère, Shani Davis a grandi dans les quartiers sud de Chicago,. un endroit où le patinage de vitesse, sport mineur et plutôt prisé par les classes blanches moyennes ou aisées, ne fait guère rêver les gamins.

Leur truc à eux, c'est plutôt de devenir le nouveau Michael Jordan, la star multimillionnaire de 1a ville et de tout le basket américain. A l'âge de 6 ans, malgré les sarcasmes de ses copains, Shani Davis a malgré tout choisi de se lancer dans le patinage de vitesse sur les conseils d'un avocat, chez lequel travaillait sa mère et dont le fils pratiquait cette discipline. «Dès que j'ai commencé à patiner, j'ai dit à mes copains que je voulais gagner un jour le 1000 mètres », assure Shani Davis, qui reste prudent sur «l'avancée sociale» que pourrait représenter sa victoire aux États-Unis.

«Cela pourrait être une avancée s'il s'agis sait d'un sport davantage reconnu au sein de ce que nous appelons les minorités. Enfin, peut-être que cela fera bouger les choses. Tout dépendra de la réaction des gens aux États-Unis, s'ils sont heureux de voir un Noir devenir champion olympique de patinage de vitesse. Moi, finalement, ce n'est pas mon affaire. Ce qui m'importe, c'est d'être le meilleur et être reconnu pour ce que je fais. Et pas à cause de la couleur de ma peau.