Sauver Le Darfour dans le monde

Au Darfour, quatre ans de crise, pas de solution

Le Figaro, 02 Janvier 2007

Le conflit, qui a déjà fait 200.000 morts, fait tache d’huile en Afrique centrale, précipitant l’intervention française dans la région.

Le 31 août dernier, devant le drame du Darfour, le Conseil de sécurité de l’ONU a donné son feu vert à l’envoi d’un contingent de 22.000 Casques bleus au Soudan. Ceux-ci devaient renforcer les 7.000 militaires de l’Union africaine (UA) déjà sur place.

Quatre mois après, le déploiement reste hypothétique. Le Soudan a officiellement accepté qu’un contingent de… 105 membres du personnel de l’ONU, dont 38 observateurs, puisse se rendre d’ici à la fin janvier à Khartoum et dans la province du Darfour.

Ouverte depuis février 2003, la crise du Darfour – 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés – va entrer dans sa cinquième année sans qu’aucun pas décisif n’ait été effectué. Bien au contraire. Les déclarations d’intentions affichées et les cris d’alarme multipliés n’ont fait qu’accompagner une dégradation réelle et constante de la situation sur le terrain.

Ventre mou

Au Darfour même, dévasté par une guerre de terreur opposant Khartoum à une myriade de factions rebelles, les milices Djandjawids ont repris à grande échelle leurs activités. Déjà mises en œuvre par le pouvoir soudanais dans le long conflit qui déchira le sud du pays, ces milices arabes «semblent avoir été approvisionnées et réarmées et ont mené des activités odieuses en toute impunité au Darfour, en particulier dans les zones sous contrôle du gouvernement soudanais», notait récemment l’Union africaine.

Depuis le regain de violences début décembre, plus de 400 travailleurs humanitaires ont été évacués de la province en guerre. Le 18 décembre, dans la ville de Gereida, contrôlée par un groupe rebelle qui a signé en mai un accord de paix avec le gouvernement, les ONG subissaient la plus importante attaque – aux mystérieux auteurs – jamais constatée jusqu’alors. «Elle a été massive, très destructrice et a pratiquement interrompu les opérations humanitaires», déclarait le porte-parole de l’ONG britannique Oxfam.

Les retombées régionales du conflit se font sentir de plus en plus pesamment. Le Tchad et le Centrafrique, deux États faibles et frontaliers du Soudan, subissent les contrecoups des déchirements de leur grand voisin. Directement impliqué, de par les logiques claniques régionales et comme principal point de refuge des exilés du Darfour, le Tchad d’Idriss Déby a choisi, au nom de sa propre survie, la confrontation avec Khartoum, accusé par N’Djamena de mener un «génocide».

Quant au Centrafrique, le pays de l’éternel «coup de torchon», c’est bien contre son gré qu’il se trouve embarqué dans la galère du Darfour. Structurellement inexistant, l’État centrafricain dirigé par le général Bozizé est un ventre mou perméable à toute influence.

C’est dans ce contexte que Paris a décidé d’intervenir et de placer l’armée française, au nom de logiques politiques qui n’ont pas été explicitées, dans des postures qui pourraient s’avérer délicates. Tant au Tchad qu’au Centrafrique, ordre a été donné aux troupes françaises de se placer en rempart de la «déstabilisation» venue du Darfour. Les militaires se sont exécutés. À Bangui, ils ont pris en charge les «opérations» et ont, en première ligne, fait le coup de feu contre des rebelles signalés dans le nord du pays. À N’Djamena, les soldats ont appuyé les forces gouvernementales par des échanges d’informations, une assistance indirecte et, sans doute, des raids aériens préventifs.

La logique de ces engagements apparaît essentiellement militaire. Au Tchad, par exemple, plutôt que de plaider pour un déplacement des camps de réfugiés situés parfois à quelques kilomètres de la frontière soudanaise et qui jouent le rôle de foyers d’instabilité, Paris joue la carte d’un déploiement armé sur la frontière tchadienne et sous mandat international en vue d’assurer la «sécurité» des déplacés du Darfour. L’ambiguïté est réelle: les réfugiés l’ont compris qui demandent, eux, leur transfert loin de la frontière.