Sauver Le Darfour dans le monde

L'Afrique au coeur des préoccupations de la diplomatie vaticane

La Croix, 08 Janvier 2007

L'Afrique, les libertés religieuses en Asie et l'Union européenne : devant le corps diplomatique, le pape a dressé, dans son discours à l'occasion des voeux lundi 8 janvier, un vaste panorama de la situation de la planète

Un tour du monde en une heure. C’est l’exercice auquel Benoît XVI a convié, lundi 8 janvier, l’ensemble du corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, à l’occasion des vœux. En 2006, le nouveau pape s’était livré à une réflexion sur le terrorisme, et avait, pour la première fois, utilisé le terme de « choc des civilisations ».

Cette année, en revanche, dans un discours de politique étrangère plus classique, il a souligné les priorités du Saint-Siège sur l’ensemble des continents, sorte de travaux pratiques de la diplomatie vaticane, en mentionnant spécifiquement la situation de 28 pays différents.

Sur le plan des principes d’abord, la priorité essentielle reste la lutte contre la faim : « Le scandale de la faim est inacceptable dans un monde qui dispose des biens, des connaissances, et des moyens d’y mettre fin », observe Benoît XVI pour qui il faut « changer nos modes de vie ». De même le Saint-Siège est-il très attentif au désarmement. Enfin, Benoît XVI critique les « atteintes à la vie », « de la conception jusqu’à la mort naturelle ».

Il déplore que, même en Afrique, on tente « de banaliser subrepticement l’avortement » et que, un peu partout, « se développent des menaces contre la structure naturelle de la famille, fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme », allusion aux législations qui légalisent les unions homosexuelles.
Intenses efforts diplomatiques en Afrique

Au plan géographique, c’est l’Afrique qui retient l’attention du Saint-Siège. C’est là qu’il fournit d’ailleurs d’intenses efforts diplomatiques, qu’il s’agisse du Darfour, pour lequel le pape appelle à une collaboration plus active entre les Nations unies et l’Union africaine, ou de la Somalie.

Ou encore de l’Ouganda, où il signale la contribution de l’ensemble des chefs religieux aux négociations, de la région des Grands Lacs avec la tenue d’une conférence internationale à laquelle, note-t-il, participent une délégation du Saint-Siège et les conférences épiscopales régionales ou nationales. Enfin, en Côte d’Ivoire, le pape exhorte « les parties en présence à créer un climat de confiance réciproque qui puisse conduire au désarmement et à la pacification ».

Autre continent, l’Amérique latine sera, avec le voyage de Benoît XVI au Brésil en mai, l’un des axes de l’année 2007. Le pape y relève les progrès économiques ainsi qu’en matière de lutte contre la drogue.

Mais, à propos des élections qui se sont déroulées dans ces pays (Bolivie, Venezuela), et qui ont vu la victoire des partis de gauche, il lance une sévère mise en garde contre les gouvernements tentés par des législations allant à l’encontre des valeurs chrétiennes de la famille et de la dignité humaine : l’exercice de la démocratie ne doit pas se transformer en « dictature du relativisme, proposant des modèles anthropologiques incompatibles avec la nature et la dignité de l’homme », affirme Benoît XVI. Toujours pour ce continent, le pape cite en particulier la Colombie, Haïti, et aussi Cuba.
En Asie, la "liberté religieuse"

Dans une Asie « caractérisée par un grand développement économique », Benoît XVI mentionne l’Inde, la Chine, le Vietnam, autant de pays où vivent des communautés chrétiennes « petites mais bien vivantes » et qui, ajoute le pape, « désirent légitimement pouvoir vivre et agir dans un climat de liberté religieuse », une des rares références, dans ce discours, à la liberté religieuse.

Toujours en Asie, le pape attire l’attention sur le Timor-Oriental, avec la fragilité du processus de démocratisation, l’Afghanistan, avec la recrudescence de la violence, et le Sri Lanka. Sur le Moyen-Orient, Benoît XVI, qui a beaucoup insisté sur cette région lors des fêtes de Noël, rappelle son attachement à un processus de paix « qui tienne compte des aspirations et des intérêts légitimes des différents peuples concernés ».

De même souhaite-t-il voir l’Iran répondre aux préoccupations « légitimes » de la communauté internationale pour son programme nucléaire, ce qu’il a dû ne pas manquer de rappeler au chef de la diplomatie iranienne qu’il a rencontré le 27 décembre.
Une "nouvelle réflexion sur le traité" européen

Reste l’Europe. Ici, la réflexion, plus globale, concerne l’Union européenne, sujet cher au pape allemand. Il souhaite ainsi que le 50e anniversaire du traité de Rome soit l’occasion d’une « nouvelle réflexion sur le traité constitutionnel », concernant la liberté religieuse et les droits institutionnels des Églises. « On ne peut faire abstraction de l’indéniable patrimoine chrétien de ce continent, qui a largement contribué à modeler l’Europe des nations et l’Europe des peuples », ajoute-t-il, signe de son attachement aux racines chrétiennes du continent.

Enfin, évoquant les conflits qui ont déchiré celui-ci au siècle dernier, Benoît XVI demande de « purifier les tensions du passé en promouvant la réconciliation à tous les niveaux », phrase où certains verront une allusion à la récente démission de l’archevêque de Varsovie (pour lire l'article, cliquez ici), pour collaboration avec le régime communiste. Dans une mise en garde voilée aux autonomistes basques, le pape demande de renoncer à toute forme de terrorisme. Plus particulièrement, sur l’Europe, Benoît XVI se montre attentif à la situation dans les Balkans, notamment l’élaboration du statut futur du Kosovo.