Sauver Le Darfour dans le monde

Vers une interdiction de survol au Darfour

Le Figaro, 14 Décembre 2006

Depuis le début de la crise, il y a quatre ans, Khartoum se joue des résolutions des Occidentaux.


LE CONSEIL des droits de l'homme de l'ONU a évité de justesse de perdre sa crédibilité. Hier, l'instance a décidé l'envoi d'une mission d'experts pour « évaluer la situation des droits de l'homme » dans la province soudanaise du Darfour. A priori simple, cette décision a donné lieu à une journée et demie de débats passionnés et de tractations serrées, à huis clos, entre les quarante-sept États membres.

La composition de la future mission était au centre de la polémique. Alors que l'Algérie, soutenue par le groupe africain, entendait choisir des membres politiques sélectionnés au sein du Conseil, l'Union européenne et les pays occidentaux exigeaient que la mission soit composée d'experts indépendants. Un compromis a finalement été trouvé. La future mission de « haut niveau » sera bien formée par « cinq personnes hautement qualifiées », mais elles seront désignées par le président du Conseil, l'ambassadeur du Mexique, Luis Alfonso de Alba. L'affrontement autour de cette décision avait des allures de test sur la capacité du Conseil, mis en place il y a six mois, à surmonter la traditionnelle fracture Nord-Sud et à imposer l'usage de professionnels indépendants lors des enquêtes. Hier, les diplomates occidentaux affichaient leur satisfaction. « C'est un message clair que la situation actuelle n'est pas acceptable », a expliqué Kofi Annan.


Les débats sur le Darfour, où quatre années de conflit ont fait 200 000 morts et jeté sur les routes deux millions de personnes, ont été vifs. Le haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Louise Arbour, a dressé un véritable réquisitoire contre les violations commises par les forces soudanaises et leurs milices supplétives arabes, les janjawids. En marge du Conseil, les ONG ont dénoncé le recours « très répandu » aux violences sexuelles comme arme de guerre. Des accusations qualifiées de « mensonges » par le vice-gouverneur du Darfour-Sud, Mustafa Farah.


Mesures coercitives


L'opposition des autorités soudanaises à la future mission laisse présager de grandes difficultés pour les experts. Khartoum, qui entrave le travail des observateurs, a déjà rejeté plusieurs décisions de la communauté internationale, dont l'envoi de 17 000 Casques bleus, une décision du Conseil de sécurité. Conscients de ce risque, les pays occidentaux cherchent à accentuer la pression sur le gouvernement soudanais. Les États-Unis et la Grande-Bretagne envisagent d'imposer une interdiction de survol au Darfour. La création d'une zone d'exclusion aérienne aurait pour objectif de mettre un terme à l'utilisation d'avions et d'hélicoptères soudanais pour soutenir des attaques contre des civils alors que la violence redouble dans la région. Selon le Financial Times, un blocus naval figure également parmi les options à l'étude. Mais ces mesures auront du mal à faire plier le président soudanais Omar el-Béchir. Stephen Morrison, un expert du Centre d'études stratégiques de Washington, souligne que les menaces américaines ne sont guère que des « fantasmes », tant que Khartoum bénéficiera de l'appui de la Chine.