Sauver Le Darfour dans le monde

Allocution à la base aérienne de N’djamena

Gouvernement, 05 Décembre 2006

Monsieur l’ambassadeur,
Mon colonel,
Mesdames et messieurs,

D’abord, je veux vous dire à chacune et chacun tout le plaisir que j’ai d’être aujourd’hui parmi vous. Avec Brigitte Girardin, avec les parlementaires, nous sommes venus vous dire d’abord la grande fierté que nous avons, de votre engagement ici au service de notre pays au Tchad. Nous le savons tous, nous sommes confrontés dans cette région à une situation difficile. Situation difficile qui se traduit par une immense souffrance, un grand nombre de réfugiés humanitaires, 300 000 morts d’ores et déjà au Darfour, deux millions et demi de personnes déplacées, 300 000 réfugiés du coté tchadien, c’est un immense défi et c’est en même temps une très grande responsabilité pour la France. Je n’ai pas besoin de vous dire, à vous, combien est grand l’attachement de la France pour l’Afrique. Je n’ai pas besoin de vous dire quelles sont les valeurs que nous défendons ici, des valeurs de paix, des valeurs de dignité, des valeurs de respect, des valeurs qui sont au service d’une certaine idée que la France se fait de l’Afrique, une idée exigeante, une idée qui nous oblige. Vous êtes ici plus de 1.200, à la fois militaires et coopérants soucieux de défendre notre relation avec le Tchad, l’unité de ce pays, les autorités légitimes, mais en même temps au-delà, compte tenu des circonstances, l’ensemble de la région, et vous êtes bien placés pour savoir combien la situation est délicate dans le pourtour régional, je pense à la Centrafrique, où nous avons été engagé à Birao ; c’est bien un défi essentiel qu’il nous faut relever.

En effet, l’unité du Tchad, la stabilité de la région pèsent sur l’ensemble de la situation, il n’est que de regarder les voisins, la Libye, le Niger, le Nigeria, le Cameroun, le Soudan, c’est un élément clé de la stabilité de la région, et vous êtes ici aux avant postes d’une exigence fondamentale de stabilité. Cette exigence, la France la défend ici ; elle la défend dans toute l’Afrique, et vous êtes un certain nombre à avoir servi dans différents dispositifs africains, parmi nos forces pré-positionnées au Gabon, au Sénégal, à Djibouti, ou encore sur le territoire français à la Réunion. Ces éléments, c’est la marque de notre engagement au service de l’Afrique, 10.000 hommes, 10.000 militaires français qui sont ainsi engagés en Afrique, sur le continent africain. Et cet engagement, vous le savez, il se fait en liaison avec la communauté africaine et internationale. L’Union africaine a dénoncé, il y a quelques jours, l’agression dont était victime le Tchad, et l’ensemble de notre action se fait en liaison avec l’Union africaine et en liaison avec les Nations Unies. La France plus que d’autres a une responsabilité spécifique, une responsabilité de l’histoire, de la géographie, des liens très étroits qui existent entre la France et l’Afrique, et vous êtes ici les représentants de cette mission. C’est dire combien nous comptons sur vous, combien je sais d’expérience... Il m’est arrivé lors de mon service militaire de servir au moment de l’indépendance à Djibouti, donc je connais les missions qui sont les vôtres, je connais aussi les souffrances, l’éloignement, les difficultés familiales qui accompagnent, mais je connais aussi le formidable sens de mission que vous ressentez, je connais aussi les raisons qui vous ont conduit à choisir cet engagement et je sais que vous mesurez à quel point la place qui est la vôtre, la mission qui est la vôtre peuvent changer les choses.

Le président Déby vient, au terme de nos conversations, de me marquer le triple engagement qui est le sien, engagement au service des populations déplacées, pour faire en sorte que nous puissions répondre -et nous savons tous que ces populations au nord du Tchad sont difficiles d’accès, nous avons donc besoin du soutien de l’ensemble des Etats concernés - ; engagement aussi au plan politique dans un esprit d’ouverture de rassemblement et de dialogue entre tchadiens - et c’est un élément essentiel aujourd’hui de ce qui se joue au Tchad - ; engagement enfin, vis-à-vis de la communauté internationale pour qu’une présence internationale puisse être déployée en particulier dans cette zone si dangereuse, dite des 3 frontières coté centre africain, coté tchadien et coté soudanais. Nous allons multiplier les efforts déjà déployés au cours des derniers mois, Philippe Douste-Blazy était au Darfour il y a quelques jours, nous allons continuer aux Nations Unis et avec l’Union africaine à multiplier nos efforts pour avancer, mais je dois dire que votre présence, votre action ici, est un élément essentiel de garantie, d’engagement de la France et, à ce titre, je voulais vous dire toute ma gratitude et tous les remerciements de l’ensemble des Françaises et des Français.

La France et l’Afrique c’est une longue histoire qui a fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup ont voulu parfois minorer, parfois ternir cet engagement. Je sais que ce qui vous porte c’est bien la volonté du meilleur pour nos amis africains, la volonté de défendre nos idéaux et de défendre les valeurs qui sont les nôtres et, pour tout cela, je voulais vous dire merci, car je sais les risques qui sont les vôtres, je sais les difficultés qui sont les vôtres. Pour tout cela, merci.