Sauver Le Darfour dans le monde

Plus une seconde à perdre pour sauver le Darfour !

Le Figaro, , 19 Mai 2006

« Je compte sur le soutien de tous les États Membres de l’ONU, notamment de ceux qui siègent au Conseil de sécurité ». L’accord conclu par le gouvernement soudanais et le principal mouvement rebelle du Darfour offre une nouvelle chance de rétablir la paix dans cette région plongée dans le malheur. Mais il faut agir vite.

Les pourparlers qui ont mené à cet accord ont été longs et difficiles. Nombreux sont ceux à qui l’on est redevable de les avoir fait aboutir au moins en partie. Mais on ne peut encore se réjouir ni se reposer sur ses lauriers.

La semaine dernière, alors que le plus haut responsable de l’action humanitaire de l’ONU visitait un camp de déplacés, une émeute a éclaté et un interprète de la Mission de l’Union africaine a été tué à coups de hache. Il y a beaucoup à faire. Il n’y a pas une seconde à perdre.

Pour commencer, certains chefs rebelles n’ont pas encore signé l’accord. Nous devons les convaincre de choisir la voie de la paix et non pas le sentier de la guerre. Si la tragédie se poursuit, à cause de ce qu’ils auront fait ou de ce qu’ils n’auront pas fait, l’histoire sera pour eux un juge sévère.

Il nous faut ensuite tout faire pour que ceux qui ont signé l’accord assurent son application sur le terrain et pour que les habitants du Darfour puissent survivre aux prochains mois. Il faut pour cela qu’ils soient protégés et puissent subsister, puisqu’ils ont été chassés de leurs foyers et de leurs terres et qu’ils ne peuvent subvenir à leurs besoins. Cela signifie que ceux qui leur porteront secours devront aussi être protégés.

Pour l’instant, il n’y a sur le terrain qu’une seule force capable d’assurer cette protection, celle de la Mission de l’Union africaine (MUAS). Notre priorité doit être de consolider cette force de façon qu’elle puisse veiller à l’application de l’accord et offrir aux déplacés une véritable sécurité. Mais il s’agit d’une solution à court terme.

Dès que cela sera possible, il faudra que la MUAS se transforme en une opération des Nations Unies plus large, plus mobile, mieux équipée et dotée d’une autorité plus ferme. Nous voulons nous concerter aussi rapidement que possible avec nos partenaires de l’Union africaine à propos des renforts dont la MUAS aura besoin pour mettre en oeuvre les principaux points de l’accord d’Abuja, puis pour organiser une conférence d’annonces de contributions, éventuellement à Bruxelles au début de juin.

Mais j’en appelle aux donateurs pour qu’ils n’attendent pas jusque-là. Qu’ils se montrent très généreux et qu’ils le fassent tout de suite. J’en appelle aussi à tous ceux qui se trouvent au Darfour pour qu’ils aident la MUAS à faire son travail. Aucune des parties ne doit encourager, excuser ou tolérer des agressions comme celle de la semaine dernière.

La nécessité de mobiliser des fonds supplémentaires pour financer les secours est tout aussi urgente. La région traverse la crise humanitaire la plus grave de la planète. Sans soutien massif et immédiat, les organismes de secours ne pourront poursuivre leur travail, et la faim, la malnutrition et la maladie feront des centaines de milliers de victimes.

En même temps, nous devons continuer de préparer le passage à une opération des Nations Unies, mutation que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine demande depuis le 10 mars et que le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies a autorisée le 24 mars. C’est, pour l’ONU, un défi qu’il lui sera difficile de relever. Mais elle ne peut s’y dérober et, l’ayant accepté, elle doit assurer cette responsabilité sans plus attendre.

Ce que nous avons déjà fait nous a enseigné que la force de l’ONU qui succédera à l’actuelle Mission de l’Union africaine doit être beaucoup plus importante et qu’elle aura besoin d’un gros effort logistique de la part des pays qui peuvent l’aider sur ce plan.

L’étape suivante sera celle d’une mission d’évaluation technique au Darfour même. L’ONU et l’Union africaine procéderont sur place à l’analyse de la situation, consulteront toutes les parties et détermineront les besoins à satisfaire. Aucune mission de maintien de la paix ne peut réussir si elle n’est pas soutenue et seco ndée par les parties au niveau le plus élevé. C’est pourquoi j’ai écrit au président Bachir pour le prier d’appuyer la mission d’évaluation. Son rôle est essentiel et j’espère avoir l’occasion de lui en parler directement très bientôt.

En attendant, j’exhorte une fois encore toutes les parties, notamment le gouvernement soudanais, à respecter le cessez-le-feu et à démontrer par leurs actes qu’elles ont l’intention de tenir parole. J’exhorte aussi les voisins arabes et africains du Soudan à accorder à ce pays toute l’aide possible, financière et politique.

Pour sa part, le secrétariat de l’ONU fera tout ce qui est en son pouvoir pour aider le peuple soudanais à clore un chapitre tragique de son histoire. Je compte sur le soutien de tous les Etats membres, notamment de ceux qui siègent au Conseil de sécurité.