Sauver Le Darfour dans le monde

Des massacres à grande échelle" ont été commis au Darfour, selon la CPI

Le Monde, 15 Mai 2006

Dans un rapport qu'il devait présenter au Conseil de sécurité de l'ONU, mercredi 14 juin, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, indique que ses enquêteurs ont déjà rassemblé des renseignements "concernant des milliers d'assassinats présumés de civils" perpétrés au Darfour (Soudan), théâtre, selon l'ONU, de "crimes contre l'humanité" depuis 2003, lorsque le gouvernement de Khartoum a entrepris de réprimer violemment, avec l'aide de milices arabes dites "janjawids", une rébellion dans l'ouest du pays.

Le procureur de la CPI , qui précise que les conditions de sécurité "empêchent la conduite effective d'une enquête" au Darfour, indique que "les renseignements disponibles montrent que ces assassinats incluent des massacres à grande échelle avec des centaines de victimes dans chaque cas" . Selon son rapport, le troisième sur ce thème, les pires exactions, perpétrées entre avril 2003 et avril 2005, ont visé, de manière délibérée, les ethnies four, massalit et zaghawa. "Dans la plupart des cas" , les assaillants ont tenu, d'après le procureur, des propos comme "Nous tuerons tous les Noirs" et "Nous vous chasserons de ces terres" .

- Deux millions de déplacés

Luis Moreno-Ocampo, dont le bureau a effectué, au cours des six derniers mois, une quarantaine de missions dans 13 pays, dont le Tchad, affirme que "depuis 2003, des milliers de civils sont morts à cause des conditions de vie nées du conflit" au Darfour. Cette "mort lente" , dit-il, touche surtout "les vieillards, les enfants et les malades" . Le procureur évoque par ailleurs "des centaines de cas de viols allégués" , une "pratique endémique au sein de certains des groupes qui ont pris part au conflit".

"Les trois premiers mois de 2006 ont également vu les déplacements (de populations) augmenter" , affirme le document, qui reprend le chiffre total de 2 millions de déplacés. Au Darfour-Ouest, la pratique est "généralisée et systématique" et mise en oeuvre "pour des raisons qui ne sont pas liées au conflit" . Le rapport signale aussi "des destructions et des pillages dans près de 2000 villages" , confirmés par des témoins et "de très nombreuses images aériennes et satellites" . Les "biens et les symboles religieux semblent aussi avoir fait l'objet d'attaques" , poursuit Luis Moreno-Ocampo, qui cite la destruction de 65 mosquées dans le Darfour-Ouest.

Le procureur refuse de se prononcer, à ce stade, sur "une intention génocidaire" des auteurs des exactions, mais étant donné "l'ampleur des crimes présumés au Darfour et la complexité" du conflit, il prévoit d'engager des poursuites "de façon séquentielle, plutôt que d'ouvrir une affaire unique" .
Le gouvernement soudanais a, selon le rapport, coopéré sur certains aspects de l'enquête et vient d'accepter que commencent, en août 2006, "des auditions de responsables" soudanais. En février, les enquêteurs de la CPI ont eu des "réunions" , au Soudan, avec des juges et des représentants de la police, qui ont été "officiellement enregistrées sur support vidéo" . La CPI enquête sur la situation au Darfour en vertu de la résolution 1593, adoptée le 31 mars 2005 par le Conseil de sécurité.