Sauver Le Darfour dans le monde

La tragédie humanitaire perdure au Darfour

Le Figaro, , 12 Juillet 2005

« Je me demande parfois s’il ne vaudrait pas mieux ne rien faire…Ici, nous sommes piégés, dans une impasse ». Lancée à Khartoum par un « French Doctor » riche d’une dizaine d’années d’expérience dans les camps de réfugiés, la dramatique interrogation est à l’image de la lassitude et des doutes engendrés au fil des drames soudanais.

Survenant après les vingt ans de guerre dans le sud du pays, la tragédie humanitaire en cours au Darfour, met en exergue la presque impuissance à laquelle se trouvent réduites les meilleures bonnes volontés. Face à des autorités impitoyables, n’hésitant pas à user des armes de la terreur et du déplacement forcé de population afin de résoudre une question politique, la marge de manœuvre reste extrêmement limitée.

Le camp de réfugiés de Kalma, distant d’une quinzaine de kilomètres de la ville de Nyala, perdue au milieu des confins désertiques du Darfour, en est une parfaite illustration. Autour de ce camp, l’un des plus importants de la région puisqu’il abrite au moins 140.000 déplacés de force, la présence humanitaire est massive. Des dizaines d’ONG sont là tout comme les agences de l’ONU et la force de protection de l’Union africaine (UA).

Rien n’y a fait. Des mois après la création de ce camp – où Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU s’est rendu il y a peu – la terreur reste omniprésente. « Les cheiks ayant témoigné auprès de Kofi Annan de la destruction de leurs villages sont aujourd’hui réellement menacés » admet un responsable.

Entre déplacés et autorités, la défiance est telle que voici un mois et demi et après des heures violents, les représentants de Khartoum se sont trouvés expulsés du périmètre du camp. Par représailles, un blocus économique a été imposé et tous les soirs, alors que les étrangers sont absents, des salves d’intimidation sont tirées au dessus du camp.

Les travailleurs humanitaires sont eux, placés sous étroit contrôle de Khartoum. Deux d’entre eux ont récemment été interpellés pour avoir simplement porté à leur ceinture…un appareil photo. Toutes les activités sont surveillées. Le moindre déplacement est soumis à autorisation.

Les déplacés, eux, endurent les pires menaces. Quand elles quittent le camp pou aller chercher du bois aux abords, les femmes savent risquer le viol. Les cas sont réguliers et fréquents sans être vraiment attribuables: les miliciens, un temps armés par les autorités, restent insaisissables et leurs responsables bénéficient souvent d’un appui implicite « Les autorités, note un responsable occidental, n’agissent plus directement, mais par intermédiaire. Elles achètent ».

Suspicieux à l’égard du camp de Kalma, perçu comme un bastion de l’opposition, Khartoum - qui lancé de force les déplacés sur la route, en détruisant leurs villages - cherche à nouveau à les disperser. Un nouveau camp plus petit et guère éloigné a donc été aménagé. Les déplacés refusent de s’y rendre, arguant des risques sécuritaires. Ils n’ont pas forcément tort : fin juin, deux expatriés d’Oxfam s’y sont fait braquer par des miliciens.

Voici huit mois, Khartoum n’avait pas hésité à recourir aux bulldozers pour « nettoyer » le camp de déplacés d’al-Gir, un petit camp puisqu’il n’abritait que 10.000 personnes chassées de leurs villages.