Sauver Le Darfour dans le monde

N’abandonnons pas les populations du Darfour

Le Monde,, 01 Juillet 2005

Le Darfour est une région au nord-ouest du Soudan, grande comme la France, peuplée de 7 millions d'habitants. Elle constitue le grenier à céréales du pays, et des gisements importants de pétrole y ont été découverts. Elle s'est toujours sentie ignorée par les gouvernements successifs peu de routes, faible développement des écoles et du système sanitaire.

Alors qu'au Soudan, théâtre de la plus longue guerre civile en Afrique depuis 1984, le Nord et le Sud ont signé, début janvier, un fragile accord de paix ; à l'Ouest, au Darfour, on continue à se déchirer.

Depuis février 2003, un conflit économico-politique a provoqué la mort de 180 000 personnes, l'exode de 200 000 réfugiés au Tchad voisin et de 2 millions de personnes à l'intérieur même de cette région. Ils vivent souvent dans des camps de fortune qui se vident et se remplissent au rythme des combats.
Sous la pression internationale, l'aide humanitaire a pu s'établir au Darfour en juin 2004.

Médecins du monde a alors ouvert un hôpital provisoire dans un des camps les plus importants, celui de Kalma, près de Nyala. Quinze expatriés et une centaine de Soudanais y assurent quelque 400 consultations médicales par jour, auxquelles s'ajoutent vaccinations, suivi des femmes enceintes et de nourrissons. Chaque soir, l'équipe médicale doit rentrer à Nyala. La sécurité du camp n'est pas assurée.

L'accord de cessez-le-feu signé entre les protagonistes en avril 2004 n'est pas respecté : le camp comptait en juillet 60 000 personnes. Elles sont aujourd'hui plus de 150 000, principalement des femmes et des enfants.
Le' Conseil de sécurité des Nations unies avait finalement voté fin mars, après des mois de négociations, trois résolutions concernant le conflit au Darfour.

La résolution n" 1590 du 24 mars 2005, adoptée à 1'unanimité décide l'envoi des casques 24 mars 2005, adoptée à l'unanimité, décide l'envoi des casques bleus des Nations unies afin de faire appliquer l'accord de paix du conflit Nord-Sud au Soudan. Elle n'assure toujours pas la sécurité des déplacés ni des humanitaires au Darfour.

Le rôle des casques bleus devrait être d'observer mais égale- ment de protéger les camps, les populations, le travail et l'acheminement de l'aide humanitaire. La force de l'Union africaine actuelle- ment en place au Darfour n'en a pas les moyens. L'Union européenne et l'OTAN viennent de leur proposer une aide logistique. Il faut espérer qu'elle soit rapidement envoyée sur le terrain.

Deux autres résolutions ont été ensuite adoptées, l'une concernant l'interdiction de déplacement de certains responsables dans ce conflit (nO 1591), l'autre le renvoi devant la Cour pénale internationale (CPI) des auteurs des crimes contre l'humanité au Darfour (nl 1593).
Une liste de 51 suspects a été dressée par la commission d'enquête des Nations unies et doit être fournie à cette juridiction.

Rien ne dit si ces mesures permettront de faire cesser rapidement les massacres au Darfour. Les participants au sommet de Tripoli ont rejeté en mal, dans une déclaration commune, le principe de comparution devant la CPI.

Humanitaires, nous constatons jour après jour une dégradation de la situation dans cette région. Nous demandons donc à la communauté internationale, et en particulier aux Nations unies, à l'Union européenne, à l'Union africaine, à la Ligue arabe et aux forces en conflit :

1.- De prendre des mesures urgentes afin d'assurer la sécurité des déplacés et des humanitaires

et l'acheminement de l'aide. Il est nécessaire de protéger les réfugiés dans le camp et dans un large périmètre autour. A plusieurs reprises Kalma a été attaqué. On ne compte plus les agressions, à l'intérieur même, mais aussi et surtout lorsque les femmes « s'aventurent » à l'extérieur afin de chercher du bois de chauffage près de 20 % des consultations de grossesse concernent des viols !

Les arrestations des équipes locales et à un moindre degré, d'expatriés des organisations humanitaires se produisent régulièrement, et se renforcent ces dernières semaines. L'aide humanitaire, en particulier alimentaire, ne peut pas être déployée : les convois sont régulièrement attaqués.

2.- De permettre aux ONG d'accompagner les « relocalisations », sans en devenir la caution. Devant l'afflux de nombreux déplacés et le retour de la saison des pluies en juin qui va inonder certains secteurs du camp, la « relocalisation » va se révéler nécessaire.
Le risque réside dans le fait que ces transferts soient utilisés afin d'appliquer une politique de déplacement et de retour forcé. Il faut donc que le choix des nouveaux sites et les modalités de transfert soient systématiquement étudiés avec les représentants des déplacés, avec les ONG travaillant auprès de ceux-ci, et validés avec les institutions internationales.

3.- Il faut faire appliquer les accords de cessez-le-feu : nous constatons depuis l'ouverture de l'hôpital à Kalma, un afflux continu de déplacés. Les villages sont toujours bombardés, les maisons sont brûlées, les stocks de vivres sont détruits.

4.- Il faut soutenir les négociations sur le processus de paix afin de permettre le retour des déplacés sur leur terre. Les discussions à Abuja avaient échoué en 2004 sur les questions politiques du partage du pouvoir et des richesses. Elles ont repris il y a quelques semaines.
Depuis le début du conflit, deux récoltes n'ont pu être effectuées. La survie de ces familles de cultivateurs dépend de l'aide alimentaire. Plus le temps passe, plus le retour des déplacés sera difficile, plus nous nous acheminerons vers une paupérisation de ces populations.