Sauver Le Darfour dans le monde

Le Soudan attaque des membres de MSF

Liberation, 01 Juin 2005

Menacé de poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI) pour les violations des droits de l'homme au Darfour, le régime de Khartoum a trouvé une première victime expiatoire : l'association humanitaire Médecins sans frontières (MSF).

Hier matin, le coordinateur de la branche hollandaise de MSF à Nyala (Sud), Vincent Hoedt, a été arrêté, avant d'être transféré vers Khartoum puis libéré sous caution. La veille, son directeur, Paul Foreman, avait subi le même sort, avant d'être remis en liberté sous caution dans l'attente de son procès. Les autorités l'accusent «d'espionnage, de publication de faux rapports et d'atteinte à la société soudanaise». Il encourt une peine maximale de trois ans de prison. Hier soir, les charges retenues contre Vincent Hoedt n'étaient pas connues.

Depuis février 2003, un conflit opposant des rebelles au gouvernement et à ses milices a fait, selon les estimations, entre 180 000 et 300 000 morts, et plus de 2 millions de déplacés. Présent sur place depuis fin 2003, MSF a dénoncé, à de multiples reprises, les violations des droits de l'homme attribuées majoritairement aux jenjawids, des miliciens arabes pro-gouvernementaux. Ces prises de parole valent aux collaborateurs de l'ONG d'être régulièrement convoqués par les autorités. Mais c'est la première fois que deux d'entre eux sont arrêtés.

Les autorités de Khartoum reprochent à l'ONG d'avoir publié, le 8 mars, un rapport jugé «erroné» sur les violences sexuelles commises au Darfour. Fondé sur les observations cliniques des équipes médicales, ce document fait état d'un demi-millier de viols commis «sur une période de quatre mois et demi». Dans un premier temps, il n'avait suscité qu'une lettre de protestation des autorités soudanaises.

Mais depuis, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté, à l'instigation de la France, une résolution menaçant les auteurs d'exactions au Darfour de poursuites devant la CPI.

Hier, l'ONU a apporté son soutien à MSF, précisant que les conclusions d'une commission d'enquête des Nations unies sur l'existence d'une campagne massive de viols au Darfour avaient récemment été transmises à la CPI.