Sauver Le Darfour dans le monde

Soudan. Aider l’Afrique à sauver la population du Darfour

L'humanité, , 28 Mai 2005

A Addis-Abeba, les bailleurs de fonds ont annoncé un soutien financier et logistique à l’Union africaine, qui doit accroître sa présence dans la région.>

La lutte d’influence entre l’Union européenne et l’OTAN a permis de dégager des fonds pour le Darfour. Réunis jeudi à Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie, les bailleurs de fonds ont - décidé d’allouer au moins 159 millions d’euros en aide logistique et financière à la mission de l’Union africaine dans l’ouest du Soudan. Une somme qui n’est que la contribution de cinq pays et qui ne prend pas en compte l’aide non chiffrée promise des organisations multilatérales comme l’Union européenne.

« Nous avons toutes les raisons d’exprimer notre satisfaction », a déclaré en clôture Alpha Oumar Konaré, président de la commission de l’UA, estimant probable que « les montants demandés aient pu être atteints ». Présidant la conférence où se trouvaient notamment le secrétaire général de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer, le haut représentant pour la Politique extérieure de l’UE, Javier Solana, et des représentants de la France, du Japon ou de la Norvège, Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, avait appelé les donateurs à la générosité prévenant qu’au Darfour « nous sommes engagés dans une course contre la montre ».

« Nous avons besoin d’être renforcés et de soutien logistique », avait plaidé Konaré à la mi-mai auprès de l’OTAN et de l’UE. Missionnée en juillet 2004 par la communauté internationale pour surveiller le cessez-le feu au Darfour entre les groupes rebelles et les milices aidées par le gouvernement soudanais, l’UA peine à remplir sa tâche. Dans cette région grande comme la France où le conflit a fait depuis 2003 au moins 180 000 et près de deux millions de déplacés, l’UA n’a à ce jour déployé que 2 700 hommes sur les 3 320 prévus. En avril dernier, elle a décidé de faire passer ce contingent à 7 700 hommes d’ici septembre et envisagé un effectif de 12 000 dans une phase ultérieure. Mais pour que ces troupes puissent agir sur un terrain où voies et systèmes de communication sont déficients, l’organisation régionale a réclamé matériel de transport et de communication.

La démarche inhabituelle effectuée par Konaré auprès de l’OTAN avait dans un premier temps suscité un tir de barrage européen et surtout français. La ministre française de la Défense a eu beau déclarer en début de semaine que « l’idée d’une rivalité avec l’OTAN ne se pose pas », la réflexion de Michel Barnier, ministre des Affaires étrangères, selon laquelle l’OTAN n’a pas pour vocation « d’être le gendarme du monde » en dit long sur la réticence de Paris à voir l’OTAN s’impliquer sur un continent où la France a longtemps joué les premiers rôles. Côté américain, la participation de l’OTAN a été d’autant plus soutenue que George Bush est critiqué pour ne plus s’être prononcé sur le Darfour, après en avoir fait un de ses chevaux de bataille à l’été 2004, quand il cherchait à se concilier les voix du lobby chrétien et des Noirs américains. L’option OTAN permet donc à l’administration américaine, qui entretient de bonnes relations avec Khartoum dans sa guerre contre le terrorisme et coopère avec les services soudanais, de ménager la chèvre et le chou. Quelles que soient les motivations de chacun, l’acceptation du principe d’une participation de l’OTAN a en tout cas été suivie moins d’une semaine plus tard par l’engagement de l’Europe à fournir une aide « substantielle ». Aujourd’hui les querelles européo-américaines ont été mises en sourdine et chacun insiste sur la nécessaire mais complexe complémentarité à trouver entre les donateurs.

Reste que le renforcement de la mission de l’UA pourrait être insuffisante. Selon certains experts, entre 15 000 et 25 000 soldats, dotés d’un mandat leur permettant de protéger les civils, seraient nécessaires à la pacification du Darfour. Surtout, le volet des négociations politiques entre Khartoum et les rebelles stagne. Prévus pour le 30 mai, les pourparlers ont une fois de plus été repoussés au 10 juin, et faute de volonté des deux côtés, rien ne dit qu’ils aboutiront à un accord.