Sauver Le Darfour dans le monde

Dominique de Villepin défend le rôle de la France en Afrique

Nouvel Observateur, 01 Décembre 2006

Dominique de Villepin a défendu vendredi le rôle de la France en Afrique, notamment en Côte d'Ivoire et en Centrafrique, soulignant qu'elle avait choisi la paix, non "un camp".
En prise avec une actualité brûlante jeudi au Tchad, le Premier ministre était au rendez-vous de l'Histoire et des symboles en Afrique du Sud, terme de son voyage.
Il s'est rendu à Soweto, un township de Johannesburg, berceau du mouvement anti-apartheid et théâtre d'émeutes sanglantes en 1976.
Dominique de Villepin a notamment visité la place de la Charte de la liberté, acte fondateur en 1955 de la lutte contre l'apartheid, régime ségrégationniste qui fut aboli en 1994. Il s'est brièvement promené dans le marché local, assistant à une démonstration de danse zouloue.
Le Premier ministre avait caressé l'espoir de rencontrer Nelson Mandela, prix Nobel de la paix en 1993, mais ce dernier se trouve au Mozambique.
L'ancien président sud-africain a transmis vendredi une lettre à Dominique de Villepin pour lui exprimer sa "déception" de ne pouvoir le saluer.
Avant sa visite à Soweto, le Premier ministre avait été reçu à l'université de Witwatersrand, où Mandela fit des études, pour prononcer un discours sur l'Afrique et la mondialisation à l'invitation de l'Institut sud-africain des relations internationales.
"Nous ne pouvons pas accepter que l'Afrique soit un continent négligé, que l'Afrique devienne la 'mine' du monde. Nous ne pouvons pas non plus rester les bras croisés face aux crises et à la violence qui menacent la stabilité du continent", a-t-il déclaré devant quelque 250 personnes.
LA FRANCE NE DEFEND PAS UN CAMP
Sur ce chapitre, Dominique de Villepin a réaffirmé que la France, consciente "des plaies profondes" laissées par la colonisation, ferait toujours le choix "d'être aux côtés des Africains".
"La France ne choisit pas un camp, elle choisit la paix. Elle ne défend pas des régimes, elle défend des valeurs", a-t-il lancé.
S'agissant du rôle controversé de la France en Côte d'Ivoire, le Premier ministre a estimé qu'elle avait "contribué à éviter la guerre civile".
"Aujourd'hui, la situation reste fragile et le peuple ivoirien peut avoir le sentiment que rien n'avance. Il faut que la communauté internationale se mobilise sur les deux objectifs: le désarmement et la tenue d'élection libres et régulières", a-t-il dit.
Lors d'un échange avec la salle, Dominique de Villepin a par ailleurs "regretté" la décision du Rwanda de rompre ses relations diplomatiques avec Paris après la mise en cause du président Paul Kagamé par le juge Jean-Louis Bruguière pour le génocide de 1994.
"Nous souhaitons entretenir et développer nos relations avec le Rwanda", a-t-il déclaré.
Dominique de Villepin s'est ensuite entretenu avec le président sud-africain Thabo Mbeki à Pretoria et devait dîner avec lui avant de regagner Paris.
Thabo Mbeki a appelé de ses voeux une coopération politique "plus étroite" entre la France et l'Afrique du Sud, qui siégera à partir du 1er janvier au Conseil de sécurité des Nations unies.
"L'Afrique du Sud est une force de proposition, une force de paix", a souligné Dominique de Villepin. "Nous voulons continuer d'avancer sur la crise du Darfour, la Côte d'Ivoire, la République centrafricaine".
"Ce sont des crises majeures qui ne peuvent être résolues que par la recherche de partenariats", a-t-il dit.
Le Premier ministre avait prévu de se rendre au Congo samedi, pour des entretiens avec Denis Sassou N'Guesso, mais le président congolais est toujours en convalescence à Paris à la suite d'une opération pour une hernie discale.
Matignon avait envisagé en remplacement une escale à Kinshasa pour y rencontrer Joseph Kabila. Le président de la RDC se trouvant dans l'est du pays pour une tournée post-électorale, la rencontre n'a pu être organisée pour des raisons techniques, a-t-on précisé dans l'entourage du Premier ministre.