Sauver Le Darfour dans le monde

L'Afrique acquiert une importance stratégique déterminante dans le monde

Departement Americain, 08 Mars 2006

L'Afrique est devenue un continent d'importance stratégique de premier plan pour les États-Unis, la Chine et beaucoup d'autres pays en raison de l'essor de ses exportations de produits énergétiques et d'autres ressources naturelles.

C'est du moins ce qu'a souligné M. Brett Schaefer, spécialiste des questions de réglementation à l'« Heritage Foundation » de Washington, lors d'une conférence tenue le 7 mars sur l'influence grandissante de la Chine en Afrique et en Amérique latine.

Le fait que tant la Chine que les États-Unis considèrent désormais l'Afrique, à l'instar de l'Amérique latine, comme une région prioritaire pour leurs investissements est le signe manifeste de son importance grandissante, a déclaré M. Schaefer à son auditoire composé essentiellement de spécialistes des affaires étrangères. « Il y a une vingtaine d'années, on n'aurait pas vu l'Afrique figurer à l'ordre du jour » d'une pareille conférence, a-t-il dit.

« L'Afrique est une source de plus en plus importante d'hydrocarbures pour les États-Unis », a-t-il poursuivi. En 2005, elle leur a fourni 18 % de leurs importations pétrolières, soit plus que le Moyen-Orient. Cela tient au fait que, tandis que les importations pétrolières américaines d'Afrique ont progressé d'un tiers depuis 1999, celles en provenance du golfe Persique ont diminué. « On ne saurait surestimer l'importance que revêt aujourd'hui l'Afrique en tant que productrice de pétrole. »

D'ici à dix ans, les exportations africaines de pétrole vont doubler, a indiqué le spécialiste, et l'on prévoit que, de 18 %, la part de l'Afrique dans les importations américaines de pétrole passera à 25 %.

Il s'ensuit que les crises politiques et humanitaires qui sévissent en Afrique, par exemple la situation dans la province soudanaise du Darfour, reçoivent de la part des États-Unis une attention croissante, d'abord pour des motifs humanitaires, mais aussi en raison d'intérêts stratégiques bien compris.

Il en est de même de la lutte antiterroriste, a fait observer M. Schaefer : « Véritable champ de bataille de la guerre contre le terrorisme, l'Afrique subsaharienne est de plus en plus vulnérable face à l'extrémisme islamique, qui essaie d'étendre son influence à travers le Sahel et l'Afrique de l'Est. »

Enfin, a-t-il dit, l'Afrique compte beaucoup sur la scène internationale du fait que ses États représentent un bloc important aux Nations unies et au sein d'autres organismes internationaux tels que l'Organisation mondiale du commerce. En conséquence, les États-Unis lui accordent une attention toujours accrue.

L'influence de la Chine

En ce qui concerne l'influence de la Chine en Afrique, M. Schaefer a indiqué que ce pays avait maintenant supplanté les États-Unis en tant que premier consommateur mondial d'un grand nombre de matières premières, qu'elle occupait le deuxième rang mondial en matière d'importations pétrolières et était responsable de 31 % de l'augmentation de la demande mondiale d'hydrocarbures. C'est pourquoi elle s'adresse de plus en plus à l'Afrique pour satisfaire ses besoins dans tous ces domaines.

« L'émergence de la Chine comme un acteur significatif sur la scène économique mondiale, avec sa demande apparemment inépuisable de matières premières, de ressources naturelles et de produits pétroliers, constitue un défi de taille pour les États-Unis qui comptent, eux aussi, sur l'Afrique pour les approvisionner dans beaucoup de ces secteurs », a déclaré le spécialiste.

La Chine est désormais active dans toutes les régions de l'Afrique. La société pétrolière nationale chinoise, en particulier, est très présente au Soudan, où elle a construit un oléoduc débouchant sur la mer Rouge et une raffinerie à l'extérieur de Khartoum. Elle contrôle en outre la majeure partie d'un champ pétrolifère dans le sud du Darfour.

La Chine est également active en Angola, où elle a obtenu des droits pétroliers moyennant un montage d'aide économique d'une valeur de 2 milliards de dollars et avec lequel elle a récemment conclu un accord prévoyant l'achat de 30.000 barils de pétrole par jour pour les cinq prochaines années.

En Zambie, a poursuivi M. Schaefer, la Chine a investi 170 millions de dollars dans le secteur de l'extraction du cuivre. En République démocratique du Congo, elle effectue des investissements dans les secteurs du cobalt et du cuivre. Elle récolte du bois au Gabon et au Liberia et a, semblablement, de gros intérêts au Zimbabwe. Une telle présence ne manquera pas d'avoir, dans l'immédiat comme à long terme, de profondes implications pour les États-Unis.