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Darfour : Massacres à grande échelle

La Grande Epoque, 20 Juin 2006

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a indiqué le 14 juin que son équipe avait recueilli des informations sur «un nombre important de massacres à grande échelle» au Darfour, ainsi que sur des centaines de cas de viol.
Dans un rapport au Conseil de sécurité de l'ONU, le procureur, Luis Moreno Ocampo, a affirmé que ces informations concernent «des milliers d'accusations de meurtres de civils par les parties en conflit», y compris «un nombre important de massacres à grande échelle, avec chaque fois des centaines de victimes».

Luis Moreno Ocampo a dit au Conseil que son bureau enquêtait sur des accusations selon lesquelles certains groupes impliqués dans les crimes au Darfour «avaient agi avec une intention génocidaire».

Il a indiqué que l'identification des principaux responsables des crimes les plus graves au Darfour était un sérieux défi pour son équipe, ajoutant qu'il ne tirerait aucune conclusion avant la fin de son enquête, qu'il veut «complète et impartiale».

Il a précisé que selon les dépositions de survivants et de témoins, les hommes perçus comme appartenant aux ethnies Four, Massalit et Zaghawa étaient «visés délibérément».
Les documents comportent des témoignages selon lesquels «les auteurs des massacres tenaient des propos renforçant l'impression que leurs attaques étaient ciblées, tels que “Nous tuerons tous les Noirs” et “Nous vous chasserons de cette terre”», a-t-il dit.

Le rapport mentionne également «une importante quantité d'informations selon lesquelles des milliers de civils sont morts par manque d'abri et de moyens de survie après la destruction de leurs villages et de leurs réserves de nourriture et le pillage de leurs biens».

Le bureau de Luis Moreno Ocampo a aussi enregistré «des centaines d'accusations de viol» qui, selon le rapport, dénotent une pratique endémique parmi certains groupes impliqués dans le conflit.

Cela met en lumière «une tendance généralisée au déplacement de civils», ajoute-t-il.
«Les destructions de propriété et le pillage figurent parmi les crimes les plus fréquents, et ont affecté près de 2000 villages dans les trois États du Darfour», selon le rapport.

L'étude mentionne aussi des attaques répétées contre les personnels humanitaires et de maintien de la paix, incluant le meurtre de soldats de la paix africains en 2005 et 2006.
«Ces attaques sont non seulement de graves exemples de possibles crimes de guerre, mais ont aussi un impact sur la livraison de certaines fournitures vitales, accroissant la souffrance des groupes les plus vulnérables au Darfour», dit-elle encore.

La guerre civile et la crise humanitaire qui l'accompagne au Darfour, province de l'ouest du Soudan grande comme la France, ont fait entre 180 000 et 300 000 morts et 2,4 millions de déplacés depuis février 2003.

Ce conflit oppose plusieurs groupes rebelles représentant diverses ethnies noires du Darfour au gouvernement à dominante arabe de Khartoum qu'ils accusent de négliger la région. En réponse, le gouvernement a activé des milices arabes, les «djandjawids», qui sèment la terreur dans la province.

Un accord de paix, qui reste fragile, a été signé à Abuja (Nigeria) le 5 mai dernier entre Khartoum et une partie des rebelles.

Le Conseil de sécurité a saisi la CPI en mars 2005 du dossier du Darfour. La CPI, située à La Haye, a pour mandat de juger des cas de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.