Sauver Le Darfour dans le monde

La Chine au secours de Khartoum

Afrique Centrale Info, 01 Novembre 2006

L’ouverture du Soudan sur l’Asie et en particulier la Chine a payé: l’économie est en plein boom grâce aux revenus pétroliers et Khartoum table sur le soutien de Pékin pour continuer à refuser une force de l’ONU au Darfour, province en proie à la guerre civile.

L’inspirateur de cette ouverture, l’ancien ministre des Affaires étrangères et actuel conseiller présidentiel, Moustapha Osmane Ismaïl, s’en félicite aujourd’hui, à quelques jours du sommet économique Chine-Afrique à Pékin.

Cette "politique était la bonne car elle nous a permis d’extraire le pétrole, de le transformer et d’acquérir de la technologie", estime le haut responsable, cité cette semaine par la presse soudanaise.
"Nous avons ainsi réussi à détourner l’embargo américain", ajoute-t-il, en référence aux sanctions de Washington sans cesse renouvelées.

Au milieu des années 1990, les Chinois ont pris la relève de firmes américaines et canadiennes qui prospectaient à la recherche d’hydrocarbures dans le plus vaste pays d’Afrique. L’insécurité, en raison de la guerre avec le Sud, et les pressions de leurs gouvernements les avaient poussées à partir.

En 1996, la compagnie China National Petroleum Corp. (CNPC) crée un consortium avec la compagnie nationale soudanaise et des firmes malaisienne et indienne, le Greater Nile Petroleum Operating Co. Elle en détient 40%.

En août 1999, la première cargaison de pétrole soudanais est exportée à Singapour et depuis, la CNPC, compagnie d’Etat d’un pays assoiffé de sources d’énergie, domine l’industrie pétrolière soudanaise.

Le Soudan produit actuellement environ 500.000 barils par jour, exportés essentiellement vers la Chine, devenue au fil des projets le premier partenaire commercial du pays.

"En 2005, le montant des exportations vers la Chine a atteint 3,4 milliards de dollars (mds USD) et celui de nos importations 1,3 mds USD, soit l’essentiel de notre commerce international", a indiqué à l’AFP un haut responsable du ministère du Commerce extérieur, Abdel Aziz Abou Taleb.

"La Chine est notre principal partenaire commercial et le plus gros investisseur dans le secteur pétrolier", a ajouté ce responsable, dont les services estiment à 7 mds USD le montant de ces investissements.

Le Soudan, dont les réserves sont estimées à 563 millions de barils de brut, reste largement inexploré. Sans compter des réserves de gaz qui ne sont pas négligeables.

La manne pétrolière a servi à relancer l’économie du pays, qui dépendait de l’agriculture, créant un véritable boom. Le taux de croissance a atteint 8% en 2005 et doit avoisiner sinon dépasser un taux à deux chiffres, selon différentes estimations.


En dépit des critiques d’organisations internationales de défense des droits de l’Homme, selon lesquelles les recettes pétrolières servent à acheter des armes dans un pays qui continue à faire face à des rébellions, le visage de Khartoum, où de nombreux projets d’infrastructure sont réalisés, a été transformé ces dernières années, selon des résidents étrangers.

L’immobilier connaît une hausse vertigineuse dans la capitale où vivent au moins 6 millions de personnes sur une population estimée entre 30 et 40 millions d’âmes.

Dans le climat de relations privilégiées avec la Chine, Khartoum table sur l’influence de Pékin au Conseil de sécurité de l’ONU pour empêcher l’envoi de Casques bleus dans le Darfour (ouest), où les Etats-Unis parlent de génocide de populations africaines par des milices pro-gouvernementales, les djandjawids.

L’ambassadeur soudanais en Chine, Merghani Mohammed Saleh, n’a cessé de rappeler les liens étroits avec Pékin dans la presse soudanaise avant le déplacement du chef de l’Etat, Omar el-Béchir, pour participer au sommet Chine-Afrique.