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Darfour: le Conseil des droits de l'homme évite de désigner le Soudan

Le Monde, 28 Novembre 2006

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adopté mardi une résolution du groupe africain à propos du Darfour qui évite de mentionner le rôle du gouvernement soudanais dans ce conflit interne en cours depuis près de quatre ans.

Les 47 Etats membres du Conseil ont adopté par 25 voix contre 11 et 10 abstentions un texte qui "engage toutes les parties à mettre fin immédiatement aux violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire". Un Etat membre n'a pas pris part au vote.

Le Conseil avait juste avant rejeté des amendements de l'Union européenne qui auraient souligné "l'obligation fondamentale" du gouvernement soudanais "de protéger toutes les personnes contre les violations (des droits de l'homme), notamment les sévices sexuels et autres formes de violence sexiste et l'utilisation d'enfants soldats".

L'ambassadeur de Finlande, qui représente l'UE, a fait part de sa "profonde déception" de n'être pas parvenu à convaincre le groupe africain d'adopter par consensus une résolution qui aurait incorporé les amendements européens.

Il a fait part de sa préoccupation à l'égard de la "culture de l'impunité" qui sévit dans cette province de l'ouest du Soudan, où la guerre civile et ses conséquences ont fait selon les Nations unies quelque 200.000 morts depuis le début de 2003 ainsi que 2 millions de déplacés.

L'ambassadeur de France, Jean-Maurice Ripert, a assuré que son pays n'accepterait pas que "le silence retombe sur les femmes et les enfants victimes de la violence au Darfour".

Son collègue du Canada a estimé que le peuple du Darfour "ne devrait pas être obligé d'attendre encore six mois", soit la prochaine session du Conseil, pour que des mesures concrètes soient prises par la communauté internationale.

Le président soudanais Omar el-Béchir a contesté mardi la vision occidentale de la guerre au Darfour, en la réduisant à un conflit local exacerbé par des ingérences étrangères et ne nécessitant pas d'intervention internationale.

"Le chiffre de 200.000 morts est faux et le nombre de victimes n'a pas atteint les 9.000", a déclaré M. Béchir.

Dimanche, l'Union africaine et l'ONU sont parvenues à un accord sur les termes d'une première phase pour une force commune de maintien de la paix au Darfour, dite "force hybride". Khartoum s'opposait jusqu'à présent à la présence de casques bleus sur son territoire.

Les Etats-Unis, qui ne font pas partie du Conseil des droits de l'homme, et des organisations de défense des droits de l'homme ont accusé ces derniers mois l'organe, dominé numériquement par les pays non-alignés, de s'être concentré sur le conflit au Proche-Orient et d'avoir ignoré le Darfour.

Cette critique avait été relayée la semaine dernière à Genève par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.

"Naturellement, lorsqu'on se concentre sur la question palestino-israélienne sans même discuter du Darfour ni d'autres questions, certains se demandent ce que ce Conseil est en train de faire", avait remarqué le secrétaire général, qui a été l'artisan de la réforme de la Commission des droits de l'homme.

"N'ont-ils pas le sens de l'équité, pourquoi ignorent-ils d'autres situations pour se concentrer sur une région ? ", avait-il poursuivi.

Israël a déjà été condamné à trois reprises ces derniers mois par le Conseil à la suite de ses interventions à Gaza et au Liban.