Sauver Le Darfour dans le monde

Prisonniers de la guerre

Radio-canada, 25 Novembre 2006

Les combats ont repris samedi dans l'est du Tchad, où des milliers de réfugiés soudanais, en plus de la population locale, continuent d'être prisonniers de la violence.

Les rebelles tchadiens de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), coalition opposée au président Idriss Déby, tentaient de prendre le contrôle de la ville d'Abéché. Leurs 80 véhicules ont été accueillis par les soldats gouvernementaux, et de violents affrontements à l'arme automatique et à l'arme lourde ont éclaté.

L'issue de la bataille restait incertaine. Les rebelles prétendaient avoir pris le contrôle d'une bonne partie de la ville, ce qui n'était pas, de toute évidence, l'avis de l'armée gouvernementale. Les forces tchadiennes se sont déployées autour de la ville pour entourer les membres de l'UFDD.

À N'Djamena, une source gouvernementale a indiqué que des membres de l'UFDD avaient pris position dans Abéché. Selon cette source, il faudra attendre que les combats aient cessé pour savoir si les rebelles contrôleront la ville.

Un responsable du haut commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU a affirmé pour sa part que l'intensité des combats avait diminué. De nombreuses ONG sont basées à Abéché.

Les travailleurs humanitaires ont d'ailleurs reçu la consigne de ne pas sortir de chez eux. Les communications ont été coupées dans la ville.

Rébellion de longue date

Fin octobre, les rebelles de l'UFDD s'étaient emparé de Goz Beïda et d'Am Timan, près de la frontière avec le Soudan. L'armée gouvernementale avait réussi à les reprendre. Les combats ont notamment coûté la vie au chef d'état-major adjoint de l'armée tchadienne.

L'objectif ultime de la rébellion, menée par le général Mahamat Nouri, un ancien ministre de la Défense, est de renverser le gouvernement Déby.

Arrivé au pouvoir par les armes en 1990, le président Idriss Déby a obtenu un troisième mandat en mai dernier, lors d'un scrutin boycotté par l'opposition.

N'Djamena a accusé le Soudan de tenter d'exporter les violences de la province du Darfour, de l'autre côté de la frontière est du Tchad, en soutenant l'UFDD. Khartoum a démenti ces accusations.

Le 13 novembre dernier, le Tchad a décrété l'état d'urgence sur son territoire pour mettre fin aux affrontements entre les tribus arabes et non arabes. Selon le gouvernement, ces combats ont fait plus de 400 morts et des milliers de déplacés dans l'est du pays depuis le début du mois.

Vendredi, le Parlement a prolongé cet état d'urgence jusqu'à la fin mai 2007. Une censure de la presse privée est en vigueur.

Plus de 200 000 réfugiés du Darfour vivent dans l'est du Tchad. Le conflit au Darfour a fait plus de 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis février 2003.

Du côté de la population locale, plus de 90 000 personnes ont été déplacées dans l'est du Tchad, dont au moins 15 000 depuis le début novembre, selon le HCR.