Sauver Le Darfour dans le monde

Une opportunité pour le Darfour

The Washington Post , 20 Mars 2005

Lors d’une visite au Post mardi, l’Ambassadeur du Soudan aux États-Unis, Khidir Ahmed, a déclaré que son Gouvernement voulait davantage de soldats de la paix de l’Union Africaine sur le territoire du Darfour, où environ 300.000 civils ont péri.

De plus, a-t-il précisé, son Gouvernement serait heureux que cette force ait un mandat plus clair pour protéger les civils plutôt que d'être limitée à la surveillance du prétendu cessez-le-feu dans la province. Ces déclarations sont contraires à la politique précédente du Soudan, opposée à un mandat fort, entravant les mouvements de l’Union Africain en lui refusant le carburant pour ses hélicoptères et même en tirant sur un de ses avions en décembre. Les Etats-Unis et ses alliés devraient prendre la nouvelle position du Soudan pour argent comptant et organiser rapidement une mission de maintien de la paix renforcée.

L'importance de saisir cette occasion est claire si l’on écoute Brian Steidle, ancien capitaine des Marines, qui décrit aujourd’hui son expérience en tant que conseiller des soldats de la paix de l’Union Africaine, dans la rubrique Outlook (Perspectives) du Post. L'expérience de M. Steidle prouve que le déploiement africain a été au moins sporadiquement efficace. En décembre, par exemple, l'Union Africaine a découragé une attaque du Gouvernement projetée sur une ville appelée Muhajeryia, qui y avait stationné 35 cavaliers. En déployant 70 cavaliers et 10 observateurs dans les ruines d'une autre ville qui avait été rasée par les Forces du Gouvernement, elle encouragé la moitié des villageois à retourner chez eux.

M. Steidle a d'autres choses positives à dire au sujet du déploiement de l’Union Africaine. Les 300 officiers militaires qui composent la mission d'observation viennent de toute l'Afrique et sont engagés dans leur mission ; ils espèrent que leur présence au Darfour prouvera que les Africains peuvent gérer leurs propres problèmes.

Mais le message accablant de M. Steidle est plus grave. Comme tous les autres experts militaires, il commence en disant que les forces de l’Union Africaine sont trop peu nombreuses pour couvrir un territoire de la taille du Texas. Les 300 observateurs sont accompagnés d'une force de protection de moins de 2.000 hommes ; M. Steidle déclare qu'il faudrait au moins 25.000 hommes. L'Union Africaine a également besoin de meilleurs équipements. Lorsque M. Steidle a quitté le Darfour en février, les Forces avait le matériel pour envoyer des emails par satellite, mais ne pouvait pas réellement l'utiliser, puisque personne n'avait signé de contrat avec une société satellitaire.

La terrible vérité est que l’ouverture du Soudan à une mission renforcée de l’Union Africaine renvoie probablement à ces faiblesses. Le Gouvernement pense qu'il peut marquer des points diplomatiques en émettant une proposition que la communauté internationale ignorera, même si agir sur ce problème pouvait sauver des vies par milliers. Pour disposer de plus de soldats de la paix au Darfour, l'Union Africaine devrait en négocier les détails avec le Gouvernement du Soudan ; elle aurait besoin du soutien diplomatique et technique des Nations Unies, de plus de contributions de troupes des pays africains, et de plus de soutien financier et logistique des Etats-Unis et de ses alliés. Mais une expérience récente prouve que les Etats-Unis sont peu disposés à investir dans l'effort de faire travailler ensemble ces acteurs disparates ; seulement deux tiers du déploiement actuellement mandaté par l’Union Africaine se trouvent sur le terrain.

Aussi longtemps que le Soudan a exclu la communauté internationale alors qu’il tuait les civils du Darfour, il était le premier coupable des atrocités qui s'apparentent au génocide. Mais si le Gouvernement du Soudan invite la communauté internationale au Darfour, le fardeau moral s’allège un peu. Les Etats-Unis et ses alliés sont mis au défi de prouver qu'ils se préoccupent assez du génocide pour secouer leur passivité et organiser une force de maintien de la paix.

La Secrétaire d'Etat Condoleezza Rice et sa nouvelle équipe du Département d’Etat doivent relever ce défi, afin que des histoires comme le sauvetage de Muhajeryia ne soient plus des exceptions.