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Soudan: comment dégager Omar el-Béchir?

Slate.fr, 30 Juin 2012

La révolte qui gronde depuis le 16 juin à Khartoum n’est pas nouvelle. La répression non plus. Elle est d’autant plus dure que le régime d’Omar el-Béchir se trouve fragilisé.

«Hourriya» (liberté), crie-t-on depuis le 16 juin dans les rues de Khartoum… Les manifestations se multiplient, en raison de la hausse des prix des carburants et des denrées alimentaires.

Le gouvernement de Khartoum est étranglé financièrement par la décision du Soudan du Sud, indépendant depuis un an, de suspendre ses livraisons de pétrole au Nord. Du coup, le Soudan a perdu 75% de ses recettes pétrolières.

Faute d’avoir su négocier avec Juba pour un partage de la rente pétrolière, le Soudan paye les conséquences de son recours à la manière forte, à coups de bombes, pour régler le différend… Les caisses sont tellement vides que les autorités ont supprimé le 18 juin les subventions au carburant, avec effet immédiat sur les prix à la pompe.
Un million de manifestants

Les étudiantes ont été les premières à manifester à Khartoum contre la hausse des prix (30,4% en mai), s’attirant des coups de matraque jusque dans leurs dortoirs. Un étudiant, selon une vidéo qui fait le tour d’Internet, a été fouetté en public pour avoir participé à une manifestation. Les journaux indépendants sont régulièrement confisqués et empêchés de paraître. Le principal parti d’opposition, Oumma, n’a plus le droit d’organiser des rassemblements devant son siège.

Mais la répression ne fait qu’augmenter la colère populaire. Les cortèges ne sont pas très imposants, en nombre de personnes – pas plus de 20.000 manifestants au total selon le journal The Independent. Mais les manifestations se propagent déjà dans les villes secondaires de l’Est, el-Obeid et Gedaref, où 200 manifestants ont été dispersés sur la place du marché avec du gaz lacrymogène.

Le ras-le-bol, face à un chef de l’Etat dénoncé dans la rue comme un «dictateur», n’a plus peur de s’exprimer. La matraque et le fouet auront-ils raison de la révolte, une fois de plus? Une nouvelle Syrie ne risque-t-elle pas de se produire? Un appel à une manifestation monstre pour le samedi 30 juin, jour de l’anniversaire du coup d’Etat qui porté Omar el-Béchir au pouvoir en 1989, voilà 23 ans, a été lancé. La nervosité du pouvoir se traduit déjà par un déploiement massif des forces de l’ordre.

L’appel à «un million de manifestants» lancé pour le 30 juin est copié sur celui de la place Tahrir… On l’oublie un peu vite, mais un vent de fronde s’est déjà levé en janvier 2011 à Khartoum, au moment des printemps arabes, dans un pays qui partage des frontières avec l’Egypte et de la Libye. Toute vélléité de révolte avait été tuée dans l’oeuf, dans un réflexe répressif du régime d’Omar el-Béchir. Des manifestations demandant son départ, le 30 janvier 2011, s’étaient terminées par des centaines d’arrestations.