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Darfour : les rebelles du JEM confirment la mort de leur chef

Radio Canada, 25 Décembre 2011

Le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) a confirmé la mort de son chef Khalil Ibrahim. Selon l'un des principaux groupes rebelles du Darfour, il a été tué dans un raid aérien et non lors d'affrontements avec les forces armées soudanaises, comme l'affirme un porte-parole de l'armée.

« Nous, le Mouvement pour la justice et l'égalité, annonçons à la nation soudanaise que le chef du mouvement et commandant de ses troupes, Khalil Ibrahim Mohammed, a été tué le 23 décembre à 3 h du matin », a déclaré dimanche en fin de journée le porte-parole du JEM, Gibril Adam Bilal.

Depuis Londres, il a assuré que Khalil Ibrahim avait été tué par un avion de combat, sur les indications d'un « espion ». « Quand Khalil a été attaqué, il était dans son camp », a affirmé le porte-parole, démentant par la même l'information selon laquelle sa mort serait consécutive à des affrontements entre les forces de sécurité et les rebelles.

Un peu plus tôt, l'armée soudanaise avait en effet annoncé le décès de Khalil Ibrahim en précisant qu'il avait été blessé jeudi dans des accrochages, avant de « décéder samedi soir », a indiqué Sawarmi Khaled Saad. Le porte-parole de l'armée a ajouté que le chef rebelle a été enterré dans la foulée.

Les combats en question auraient eu lieu à l'ouest de la ville de Wadbanda, dans la zone du Kordofan-Nord, près de la frontière avec le Darfour-Sud, signale l'agence de presse officielle Suna. Trente combattants du JEM ont été tués et d'autres ont été blessés, a par ailleurs précisé Sawarmi Khaled Saad.

Selon les Nations unies, au moins 300 000 personnes ont été tuées et 1,8 million déplacées depuis le début de la guerre au Darfour, en 2003

Le Mouvement pour la justice et l'égalité avait rapporté jeudi que ses troupes avançaient vers l'est, en direction de Khartoum. Selon Gibril Adam Bilal, les rebelles avaient alors atteint la ville d'En Nahoud, à 120 km à l'est du Darfour, dans l'État du Kordofan-Nord, et ils étaient en train de progresser vers la capitale dans le but de faire tomber le régime du président Omar el-Béchir.

Selon l'armée, Ibrahim et plusieurs autres responsables du groupe tentaient plutôt d'entrer au Soudan du Sud, accusé par Khartoum de soutenir les rebelles depuis le référendum qui a conduit à son indépendance en juillet. Quoi qu'il en soit, les combats se poursuivaient dimanche dans cette zone frontalière.
Une décennie de rébellionAvant d'entrer en résistance, Khalil Ibrahim avait soutenu le coup d'État du président Omar el-Béchir en 1989. Il avait ensuite tourné le dos au gouvernement à la fin des années 1990, dénonçant la « domination » des Arabes sur la vie politique et économique du Soudan. Exilé aux Pays-Bas, il avait alors annoncé la formation du JEM, un groupe rebelle à tendance islamiste.

Le JEM a refusé de signer l'accord de paix du Darfour de mai 2006, estimant que « les mesures sur le partage des ressources et du pouvoir ne répondaient pas de façon adéquate aux causes profondes de la rébellion ». Il n'a pas non plus signé l'accord de paix signé en juillet dernier à Doha entre Khartoum et le Mouvement de libération pour la justice (une coalition de petites factions rebelles).

Même s'il est pratiquement impossible d'évaluer précisément la force et l'unité réelles du mouvement, la mort de Khalil Ibrahim pourrait porter un rude coup au JEM.