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Le conflit au Darfour s’étend au Tchad

La Grande Epoque, 21 Avril 2006

Le gouvernement tchadien a annoncé qu’il rompait toute relation diplomatique avec son voisin, le Soudan, qu’il accuse d’être l’instigateur des attaques rebelles au Tchad. Les forces gouvernementales tchadiennes affirment avoir réussi à vaincre les forces rebelles du Front uni pour le changement (FUC) dans des combats faisant près de 400 morts dans la capitale, N’Djamena, jeudi dernier.
«Nous avons décidé à la rencontre du cabinet de ce matin, vendredi, de cesser unilatéralement les relations avec le Soudan, qui continue d’armer les mercenaires s’opposant au gouvernement tchadien», a déclaré le président du Tchad, Idriss Deby. La frontière entre les deux pays a donc été fermée.

Le ministre des Affaires étrangères du Soudan, Lam Akol, a démenti ces accusations en affirmant que les Soudanais espéraient que «la stabilité régnera au Tchad parce que l’instabilité affecte inversement la situation de la sécurité au Soudan», a rapporté l’AFP.

L’ambassadeur de la France, Jean-Marc de la Sablière, a pour sa part exprimé ses inquiétudes face à la possible expansion du conflit du Darfour vers le Tchad, rappelant que «ce qui se passe au Tchad a un lien direct avec ce qui se passe au Darfour. Ces rebelles viennent du Darfour et c'est la suite des attaques qui ont eu lieu en mars et décembre dernier». Il a aussi indiqué que ces milices sont appuyées par les milices janjaouites, elles-mêmes soutenues par le gouvernement soudanais et responsables de la plupart des crimes commis contre les habitants au Darfour, dont une partie est réfugiée au Tchad.

Idriss Deby a de plus invoqué qu’en guise de revanche, la communauté internationale avait jusqu’au mois de juin pour trouver un emplacement pour ces 200 000 réfugiés soudanais au Tchad.

Il a aussi accusé l’ONU et l’Union africaine de faire la sourde oreille à l’extension du conflit du Darfour vers le Tchad.

En réponse aux condamnations du président Idriss Deby, le FUC a démenti toute hypothèse voulant qu’il soit soutenu par Khartoum (capitale soudanaise), et accuse Deby de recruter des mercenaires européens et des combattants de l’opposition du Darfour, a rapporté l’AFP. Le FUC dénonce la France, invoquant qu’elle soutient «aveuglément» le régime de Deby et qu’elle est intervenue pour stopper les rebelles lors de différentes batailles. Cette affirmation est démentie par Paris, mais la France avoue pourtant avoir transporté des troupes gouvernementales par avion, en vertu des ententes entre les deux pays.

Le porte-parole de la Maison Blanche, Sean McCormack, a fortement poussé le gouvernement tchadien à ne pas expulser ces 200 000 réfugiés, et a exprimé que les États-Unis souhaitaient que le Tchad respecte son engagement à l’ONU.

Selon plusieurs, le conflit entre rebelles et gouvernement s’intensifie notamment parce que Deby désire rester en poste éternellement.

«La situation au Darfour a un effet négatif sur le Tchad, mais le problème majeur est la dictature», a rapporté le New York Times, citant Ahmat Soubiane, l’ancien ambassadeur tchadien aux États-Unis jusqu’à qu’il y a trois ans, au moment où il a cessé toute relation avec son gouvernement. «La rébellion grandit parce que M. Deby veut demeurer président à vie.»

Le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné les attaques rebelles contre le gouvernement et les camps de réfugiés, et exhorte les parties à des pourparlers.

Plusieurs observateurs internationaux craignent aussi pour la vie des civils tchadiens qui pourraient être directement affectés par les combats.

L’organisme Human Rights Watch met en garde contre la possible alliance entre les rebelles tchadiens et Khartoum pour s’emparer de la région frontalière, car la vie des membres de l’ethnie Zaghawa pourrait être spécialement en danger. Les groupes zaghawa à l’intérieur sont visés par le génocide instigué par le gouvernement, car ils sont accusés par les médias contrôlés par le gouvernement de vouloir créer un «Grand Zaghawaland».