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Toujours des enfants-soldats chez les rebelles et l'armée au Tchad et au Darfour

Afp, 10 Février 2011


LIBREVILLE — Des milliers d'enfants, parfois âgés de seulement 13 ans, continuent à être utilisés par les groupes rebelles mais aussi de l'armée dans l'est du Tchad et au Darfour (Soudan), souligne Amnesty International (AI) dans un rapport publié jeudi.

"Les droits des enfants sont violés impunément de deux côtés de la frontière" tchado-soudanaise affirme le rapport sur les enfants soldats réalisé entre avril 2009 et octobre 2010.

L'est du Tchad abrite des camps de réfugiés venus du Darfour (ouest du Soudan), zone en guerre civile, ainsi que de Centrafrique, mais également des déplacés tchadiens, estimés globalement à 450.000 personnes.

"Tous les acteurs impliqués dans le conflit à l'est du Tchad ont recruté et utilisent des enfants: l'armée nationale tchadienne (ANT) comme les groupes armés d'opposition. Des chefs communautaires de différents groupes ethniques utilisent les enfants dans des conflits violents communautaires", écrit AI.

D'après AI, le "gouvernement tchadien a affirmé ne pas avoir de politique de recrutement d'enfants mais a admis leur présence au sein de son armée".

"Selon des chiffres des Nations unies de 2007, entre 7.000 et 10.000 personnes enfants ont pu être utilisés comme combattants ou associés aux groupes armés tchadiens ou soudanais ainsi qu'à l'armée tchadienne. Certains ont été enlevés ou recrutés par la force, d'autre ont rejoint pour venger la mort d'un proche, le vol de bétail ou simplement pour échapper à la pauvreté ou le manque d'éducation ou de travail", selon le rapport.

Selon AI, environ 80% des enfants-soldats sont recrutés par des groupes rebelles et 20% par l'armée tchadienne.

"Les enfants touchent entre 10.000 FCFA (15 euros) et 250.000 F CFA (380 euros) des recruteurs". L'âge moyen de recrutement se situe entre 13 et 17 ans mais des jeunes de 10 ans ont été recrutés.

Amnesty dénonce également "l'impunité" des responsables. "Il n'y a pas eu de poursuites pour recrutement ou utilisation d'enfants au sein de l'armée ou de groupes armés" et les responsables "bénéficient de l'impunité de leurs crimes", souligne AI.

"J'ai quitté Abéché (est) quand j'avais 14 ans", affirme Mahaman, un des enfants soldats rencontré par AI. "J'étais seul et je n'ai dit à personne que j'allais rejoindre un groupe armé (...) Je suis allé à Adré (frontière avec le Soudan) et de là au Soudan. Après un an avec le FSR (Front pour le salut de la République, groupe rebelle tchadien opposé au régime du président tchadien Idriss Deby), je commandais 50 combattants".

"Mon père était vieux. A la maison, il n'y avait pas assez pour tout le monde. Je voulais améliorer notre situation", explique de son côté Azam, qui a rejoint un groupe armé à 13 ans.

"La menace de conflit et la violence généralisée dans la zone poussent les enfants, principalement les garçons, à rejoindre ces forces et groupes. L'échec ou l'absence de programme de démobilisation font que les enfants sont vulnérables au +re-recrutement+ même après leur retour", souligne AI dans son rapport.

En 2007 le gouvernement de N'Djamena a lancé avec l'aide de l'UNICEF un programme de résinsertion qui a échoué faute de moyens financiers, à cause de "l'insécurité permanente, de l'extrême pauvreté et de la réticence des responsables politiques et militaires", écrit encore Amnesty.

Les enfants les plus vulnérables sont les déplacés internes au Tchad ou les réfugiés du Darfour voisin, selon le rapport.

L'ONG de défense des droits de l'homme cite notamment le JEM (Mouvement pour la légalité et la justice, groupe rebelle soudanais) qui est "particulièrement actif dans le recrutement d'enfants".

"Des campagnes de recrutement du JEM ont continué dans les camps et chez les déplacés dans l'Est du Tchad en 2010", malgré le réchauffement des relations entre le Tchad et le Soudan et l'engagement des deux pays à ne plus soutenir les rebellions tentant de déstabiliser l'autre.