Sauver Le Darfour dans le monde

Soudan. Au Nord, le combat pour la laïcité

L'humanité, 21 Janvier 2011

Le président soudanais Omar Al Bachir parle d’instaurer la charia. L’ensemble de l’opposition, qui entend garder des liens avec le Sud, engage la bataille. Envoyé spécial.

La sécession du Sud-Soudan a évidemment des répercussions pour le Nord. Économiques bien sûr, puisque les réserves de pétrole se trouvent dans la partie méridionale. Politiques aussi. Le 9 juillet prendra fin la validité de la constitution intérimaire. Il faudra donc en établir une autre. Le président du Soudan, le général Omar Al Bachir, a d’ores et déjà annoncé que le Soudan ne serait pas un État laïc. Lors d’un meeting, il a même expliqué que le Sud restait un fardeau pour le Soudan ! En clair, il veut l’application stricte de la loi islamique, la charia, et décréter l’arabe comme seule langue officielle. « C’est un retour à 1989, quand il a pris le pouvoir », commente Siddig ­Yousif, membre du bureau politique du Parti communiste soudanais (SCP). Ce que nous voulons, nous l’opposition, c’est au contraire un État laïc, démocratique, et le respect des droits de l’homme. C’est la principale bataille. » Regroupés au sein des Forces nationales du consensus (NCF), les partis d’opposition appellent à la formation d’un gouvernement de transition large qui, incluant le Parti du congrès national (NCP) – au pouvoir – ainsi que le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) – qui contrôle le Sud et possède une branche très active au Nord –, participe jusqu’au 9 juillet au gouvernement comme le stipulait l’accord de paix (CPA) de 2005.

Au sein du NCF, la plupart des partis espèrent recréer des liens avec le Sud, à l’occasion d’un changement de régime. « Il faut développer un jumelage des deux États dans tous les domaines », plaide Mariam Al ­Mahdi, dirigeante du parti Umma. « Si nous continuons avec Bachir, ce sera la désintégration du Soudan », prévient Siddig Yousif, en faisant allusion au Darfour mais aussi à l’agitation qui commence à gagner les États du Kordifan méridional et celui du Nil bleu, ainsi que l’est du pays.

Malgré les menaces de la sécurité soudanaise, les partis d’opposition ont tenu un meeting, mercredi soir, au siège du Parti du congrès populaire (PCP) d’Hassan Tourabi, arrêté la veille. Plusieurs dirigeants ont pris la parole, dont Muhammad Ibrahim Nugud, secrétaire général du SCP, venu expliquer : « Si la population insiste nous devons aller dans la rue. Il ne faut pas perdre de temps.

Il faut faire comme les Tunisiens. » Pour Ibrahim El Sanusi, vice-président du PCP, « le régime semble fort mais il est faible. Il faut descendre dans la rue ». À l’issue du meeting, une manifestation spontanée s’est formée, rapidement dispersée à coups de grenades lacrymogène par les unités antiémeute du régime.