Sauver Le Darfour dans le monde

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Suite101.fr, 10 Janvier 2011

Le Soudan, indépendant depuis à peine plus de 50 ans, vient d'ouvrir la voie à la sécession du sud du pays, qui réclamait son indépendance. Un nouvel Etat en construction, donc, qui pourrait bien être le plus pauvre de toute la planète.

Les royaumes de Kerma

Si l'on sait maintenant que l'homme était présent au Soudan dès le Paléolithique, les traces de sédentarisation, quand les hommes vivaient d'élevage et de d'agriculture, ne remontent qu'à 60 000 ans. Ainsi, du XXVe siècle avant notre ère à l'arrivée des Égyptiens, trois royaumes, dits de Kerma (du nom de la capitale d'alors), se sont succédé, organisant le Soudan en différents groupes, chacun chargé d'un "rôle" économique ou politique selon son positionnement géographique.

Le terrain de réserve des Égyptiens

Mais viennent alors quatre siècles de colonisation égyptienne où les pharaons ne voient en ce nouveau territoire qu'une route essentielle pour les échanges commerciaux avec les pays d'Afrique plus au sud et une zone d'exploitation minière où l'or afflue. Quant aux Nubiens, ils sont enrôlés sur les grands chantiers de construction en Égypte. Mais le Soudan n'a pas dit son dernier mot.

Fin de la domination païenne et colonisation toujours

Le vice-roi de Koush réunifie les provinces soudanaises et organise l'économie du pays, qui retrouve de son éclat malgré quelques guerres civiles entre le nord et le sud. Mais cela ne dure pas, car bientôt le pays est évangélisé et envahi par les premiers chrétiens. Cela durera du VIe au XIVe siècle, avant de passer sous domination musulmane jusqu'à la fin du XIXe siècle. Commence alors un demi-siècle de domination britannique où toute révolte est stoppée par les armes.

Le "pays des noirs"

En 1956, le Soudan naît officiellement. "Balad as-sudaan", c'est ce que signifie son nom en arabe. C'est dire si cette Nubie (le nord du Soudan), si longtemps exploitée par des puissances étrangères, a porté longtemps le poids de la couleur de peau de ses habitants. Un poids qui s'est transformé en fierté, jusqu'à être intégrée dans le nom du pays au moment où celui-ci prend son indépendance face à ses derniers colonisateurs. Mais sa création est aussitôt accompagnée de mouvement de rebellions et de coups d'état.

Le Darfour prend les armes...

Le Soudan, partagé en cinq régions, a du mal à s'unifier. De toutes parts, les conflits éclatent, chacun dans sa région revendiquant sa suprématie par rapport aux autres. La religion musulmane domine le nord et l'ouest, tandis que le sud du pays, le Darfour, est à domination chrétienne. En 2003, la rébellion, qui durait depuis une dizaine d'année, devient une guerre. Elle se soldera par l'intervention des casques bleus pour empêcher les massacres de toute part et aider les réfugiés à survivre dans les camps. Khartoum finit par céder et un mandat d'arrêt international est même lancé contre Omar-El-Béchir, le président du Soudan (qui avait pris le pouvoir par un coup d'état en 1989).
... et gagne son indépendance.

Le Sud-Darfour, c'est le désert qui subit de plein fouet l'érosion, le manque d'eau et de nourriture. La population y survit principalement dans des camps de l'ONU, avec une aide humanitaire à grands renforts de casques bleus.

Mais c'est aussi un sous-sol riche en pétrole qui attire toutes les convoitises et pourrait bien faire la force du futur nouvel État de l'Union africaine. À commencer par des négociations entre le nord (où sont concentrées toutes les infrastructures modernes du pays au niveau industriel) et le futur nouvel état (dont le sous-sol regorge de mines d'or et de cuivre).

Son nom ?

La question n'est pas encore tranchée pour les indépendantistes : Djouba ou Juba (nom de la capitale du sud), Nouveau Soudan, Equatorie, Djouwama ou République du Nil, autant de noms qui seraient enfin synonyme de liberté pour un peuple qui a fait entendre sa voix hier en votant d'ores et déjà majoritairement pour son indépendance. Mais à ce jour les votes ne sont pas clos, ils dureront jusqu'au 15 janvier et les résultats définitifs sont attendus mi-février, à condition qu'au moins 60% de la population se soit rendue aux urnes, faute de quoi le scrutin serait invalidé.