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Darfour: les civils fuient des affrontements armés

Youphil, 22 Décembre 2010

Les violences reprennent dans la région du Darfour. Au Sud Soudan aussi, les mouvements massifs des populations mettent à rude épreuve le dispositif d'assistance humanitaire.

Plus de 12.000 civils ont dû fuir des affrontements entre l'armée et des rebelles du Darfour. "Les parties belligérantes se sont affrontées par trois fois depuis le début de ce mois de décembre", confirment des sources humanitaires.

Les combats ont eu lieu plus précisément aux alentours du village de Khor Abeche (dans le sud du Darfour). Les sinistrés se sont ensuite dirigés vers les camps de Shangil Tobaya et Zam Zam, près d'El Fasher, au Darfour Nord.

Des blessés sont signalés, probablement des morts aussi, mais nos sources n'étaient pas en mesure de fournir des indications plus précises.

Les incidents, qui auraient été signalés jusqu'à l'intérieur d'un camp abritant des déplacés, ont par ailleurs causé le retrait des agences humanitaires de certaines zones.

Ces violences viennent s'ajouter à une situation humanitaire déjà alarmante dans l'ensemble, à un contexte général de tension aussi à la veille du référendum d'auto-détermination prévu le 9 janvier prochain.

Ce qui inquiète le plus les observateurs, c'est que le conflit armé oppose les soldats de Khartoum au Mouvement de Libération du Soudan (MlS), la seule rébellion signataire en 2006 de l'accord de paix avec le gouvernement fédéral.

"A moins d'un mois seulement du référendum, tout cela rappelle non seulement la fragilité de l'ensemble du processus, mais surtout la nervosité des principales parties prenantes", confie à Chemk'Afrika un cadre de la force hybride ONU-UA d'interposition (Minuad).

"La situation au Darfour n'est pas seulement une crise humanitaire, c'est une attaque systématique contre la population civile. La situation au Darfour est un génocide, c'est un génocide en cours ", a rappelé pour sa part la Cour pénale internationale (CPI) par la voix de son procureur général Luis Moreno Ocampo qui s'exprimait cette semaine devant le Conseil de sécurité. Le président soudanais Al Béchir est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la cour pénale internationale.

Afflux massifs au Sud-Soudan. En plus des événements au Darfour, le dispositif humanitaire dans le pays est tendu ces derniers jours suite aux retours massifs de Soudanais vers le Sud, des déplacés pour l'essentiel, qui vivaient réfugiés dans les provinces du Nord.

En vue du référendum le mois prochain sur l'indépendance du Sud-Soudan, près de 55.000 déplacés dans le Nord du Soudan, originaires du Sud-Soudan, sont rentrés chez eux en effet, principalement dans les Etats d'Unity, du Haut-Nil, du Nord Bahr-El-Ghazal, du Jonglei et du Nord Bahr et du Warrap.

"Des milliers d'autres déplacés Sud-Soudanais encore installés dans des camps des environs de la capitale soudanaise Khartoum étaient prêts à partir", déclarait dimanche dernier le Haut Commissariat aux Réfugiés.

Bonne nouvelle évidemment, mais la situation déstabilise cependant les programmes d'assistance aux réfugiés. Le Sud-Soudan abrite déjà 215.000 déplacés vivant dans des conditions "extrêmement précaires", selon le HCR.

L'organisation onusienne estime que ces retours massifs vont "mettre à rude épreuve la situation humanitaire déjà fragile".

Dans l'ensemble, le Sud Soudan est déjà confronté de façon inquiétante à la malnutrition, aux inondations, à la sécheresse, sans oublier les nombreuses violences inter-ethniques ou celles causes par les miliciens ougandais de la LRA, la tristement célèbre Armée de Résistance du Seigneur.