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Le référendum sur le Sud-Soudan se déroulera dans une atmosphère paisible et pacifique

L'humanité, 08 Janvier 2011

Journaliste soudanais, Rachid Said analyse les conséquences géopolitiques du référendum organisé ce dimanche 
sur la question d’un accès des provinces du sud du pays à l’indépendance. La population y est très favorable.

Quel est l’état d’esprit de la population soudanaise, au sud et au nord ?

Rachid Said. Au sud, le moral est au beau fixe. Les gens attendent avec impatience cette journée du 9 janvier pour commencer à voter pour l’indépendance parce que, pour eux, c’est une nouvelle naissance, celle de « l’État 193 », comme ils disent, c’est-à-dire le 193e État membre de l’ONU. Mais c’est aussi, pour eux, un jour de liberté car ils ont toujours été considérés comme des citoyens de second plan dans l’État soudanais. C’est pour eux un moyen de disposer de toutes les richesses de leur région, notamment le pétrole, jusque-là contrôlées par Khartoum, alors que le Sud a été délaissé tant sur le plan économique, que social. Au nord, la population commence à réaliser que les cinq ans de transition sont en train de s’achever. Les Nord-Soudanais ont supporté la guerre pendant cinquante ans pour préserver l’unité du pays. 
Ils voient que cette unité vole en éclats. Pour eux, ce sera pratiquement une journée de deuil.

Qu’est-ce qu’une éventuelle partition du Soudan va changer au niveau géopolitique ?

Rachid Said. Une partition du Soudan touchera toute l’Afrique. Lors de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, devenue depuis Unité africaine, UA) il avait été décidé que les frontières héritées de la colonisation ne seraient pas modifiées. En cas de partition, ce serait donc la première fois que l’UA reconnaîtrait les changements de frontières d’un État existant et reconnu. Cela ne sera pas sans conséquences dans plusieurs régions rebelles du continent qui veulent leur indépendance. On ne peut pas considérer le Sud comme chrétien et le Nord comme musulman. Il y a des Sudistes partout au Soudan ; certains ne sont pas chrétiens mais animistes, voire musulmans. Mais le fait que le pouvoir à Khartoum, avec l’arrivée des islamistes, ait mené la guerre contre les Sudistes au nom du djihad a certainement renforcé le sentiment d’une répression contre les autres religions, notamment contre les chrétiens.

Que pense la Ligue arabe  de cette situation ?

Rachid Said. La Ligue arabe n’a pas le choix. Elle s’est prononcée pour l’unité du pays, mais aujourd’hui, la Ligue arabe semble avoir accepté le fait accompli. Je pense que l’Égypte sera appelée à établir des relations équilibrées entre le Nord et le Sud parce qu’elle a beaucoup d’intérêts dans le Sud, notamment concernant 
les eaux du Nil.

Que dit l’opposition soudanaise ? Quel est le processus historique et politique qui a amené la tenue d’un référendum au Sud-Soudan ?

Rachid Said. L’opposition – composée des grands partis traditionnels comme le parti Oumma, le Parti démocratique unioniste, et des partis laïcs comme le Parti communiste, et les partis nationalistes arabes – accepte depuis longtemps le droit à l’autodétermination du Sud-Soudan. Elle accepte aussi que le Sud soit un État indépendant. Mais elle estime que le régime d’Omar el-Béchir est directement responsable de cette sécession du Sud. L’opposition, depuis la semaine dernière, appelle à des manifestations, à renforcer le mouvement populaire pour renverser le régime du général el-Béchir.