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Arche de Zoé : "Je veux que mon honneur soit lavé"

Metro, 08 Décembre 2010


Alain Péligat et cinq membres de l'association l'Arche de Zoé étaient condamnés au Tchad à huit ans de travaux forcés pour tentative d'enlèvement d'enfants avant d'être graciés. Il comparaissait seul devant la cour d'appel de Paris.
Le logisticien de l'association l'Arche de Zoé, Alain Péligat, le 28 octobre 2008 à Mourmelon-le-Grand.

En 2007, Alain Péligat et cinq membres de l'association l'Arche de Zoé étaient condamnés au Tchad à huit ans de travaux forcés pour tentative d'enlèvement d'enfants. Ces bénévoles étaient accusés d'avoir organisé l'enlèvement de 103 enfants Tchadiens, présentés comme des orphelins du Darfour. En 2008, et alors que la justice Française avait commué leur peine à huit ans d'emprisonnement sur le territoire national, le président Tchadien Idriss Deby avait décidé de les gracier. Estimant que la justice Française "n'aurait jamais du commuer la peine prononcé par la justice Tchadienne", Alain Péligat comparaissait seul mercredi devant la cour d'appel de Paris, demandant à ce qu'on le "reconnaisse innocent et que l'on lave son honneur".


• Pourquoi était-il si important pour vous d'être aujourd'hui devant la justice ?

Je tiens à ce que tout le monde comprenne que je ne suis pas parti au Tchad pour enlever des enfants, en abuser ou leur faire du mal. Je me suis rendu sur place dans une démarche humanitaire, en tant que responsable de la logistique d'une association qui n'avait pour but que d'assurer la survie d'enfants qui étaient menacés. Nous ne sommes pas partis dans l'inconnu, notre projet avait été élaboré du début à la fin, en compagnie d'avocats notamment. Mais nous sommes tombés dans un piège politique. Et on ne peut pas dire que nous ayons été jugés dignement au Tchad.

• Comment avez-vous vécu votre retour en France ?

Cela a été l'un des moments les plus difficiles que j'ai eu à connaître. Nous avons rejoint la France affublés d'étiquettes de manipulateurs, de tortionnaires, voire de pédophiles. Personnellement, j'ai eu la chance de compter sur le soutien de ma famille, de mes proches et de tous les gens qui me connaissaient et avaient conscience du bien fondé de ma démarche. Mais j'ai tenu à passer devant la justice Française pour que tout le monde sache que notre mission était humanitaire, et n'avait rien de suspect. J'aimerais que la cour d'appel me donne raison, pas uniquement pour dire que j'ai remporté mon combat contre l'institution judiciaire, mais aussi et surtout pour que le grand public comprenne que nous nous sommes fait piéger.

• Avez-vous eu le sentiment d'être lâché par l'Etat Français ?

Je pense que la France n'avait pas une grande marge de manoeuvre dans cette histoire. D'un côté Rama Yade et Bernard Kouchner nous ont totalement lâché - les rapports avec le Tchad étaient complexes - et de l'autre, je pense que si Nicolas Sarkozy n'avait pas été là, nous serions sans doute encore à N'Djamena. Je suis tout à fait conscient du fait que si l'armée Française n'avait pas aidé le président Idriss Deby au moment où celui-ci en avait besoin, la situation aurait été bien plus délicate pour nous.

• Si c'était à refaire ?

Bien sûr. Cela fait plus de trente ans que je travaille dans l'humanitaire. Dès que l'on me propose de participer à une mission humanitaire, dès lors que tout est organisé comme il faut, je suis le premier partant. Par contre, je ne vais plus en Afrique, et je pense que je n'y retournerai jamais. Je me consacre au Cambodge, et aux orphelinats de Phnom Penh. Pour l'instant, j'attends avec impatience l'arrêté de la cour d'appel qui interviendra le 19 janvier. S'il le faut, j'irai ensuite devant la cour européenne. Je veux que mon honneur soit lavé, et j'irai jusqu'au bout.