Sauver Le Darfour dans le monde

Soudan: l'armée du Sud accuse le Nord d'avoir bombardé ses positions

Afp, 24 Novembre 2010

JUBA — L'armée du Sud-Soudan a accusé mercredi les forces armées soudanaises (nord) d'avoir intentionnellement bombardé ses positions, blessant six personnes, afin de compromettre le référendum d'autodétermination du 9 janvier, une allégation démentie par les nordistes.

"Vers midi aujourd'hui (9H00 GMT), un hélicoptère militaire des forces armées soudanaises a attaqué la position du SPLA à Kiirabem, dans l'Etat du Bahr al-Ghazal Nord", a indiqué dans un communiqué l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, ex-rebelles à la tête de l'armée du Sud-Soudan).

"Il y a eu quatre soldats et deux civils blessés", selon l'armée de la région semi-autonome du Sud-Soudan.

"L'intention des forces armées soudanaises est de faire dérailler le processus référendaire", a ajouté son porte-parole Philip Aguer dans ce communiqué transmis à l'AFP.

"Ces provocations ouvertes et ces violations par les Forces armées soudanaises visent délibérément à traîner de nouveau le Soudan dans la guerre et justifier l'impossibilité de tenir les référendums au Sud et à Abyei", poursuit le communiqué de l'armée sudiste.

L'armée soudanaise a nié avoir attaqué des positions sudistes. "Cela est complètement faux. Nous n'avons combattu personne au sud de la frontière de 1956", date de l'indépendance du Soudan, a dit à l'AFP Sawarmi Khaled Saad, porte-parole de l'armée soudanaise.

Contacté par l'AFP, un haut responsable de l'ONU a indiqué que la mission de paix au Soudan (Unmis) n'était pas en mesure de confirmer ce bombardement.

La démarcation précise de la frontière entre le Nord et le Sud du Soudan est un sujet de désaccord entre les deux camps, ce qui est parfois à l'origine de légers accrochages.

La situation demeure tendue au Soudan à l'approche du référendum sur l'indépendance du Sud du pays, point-clé de l'accord de paix ayant mis fin en 2005 à plus de deux décennies de guerre civile entre le Nord et le Sud du pays, un conflit à l'origine de deux millions de morts.

Un second référendum est prévu le 9 janvier sur le statut de la région contestée d'Abyei, située à la lisière des deux régions, mais la commission référendaire pour ce scrutin n'a toujours pas été nommée, ce qui rend déjà impensable la tenue à la date prévue de cette seconde consultation.

L'armée sudiste avait fait état il y a environ dix jours d'un bombardement "non-intentionnel" de l'armée soudanaise (nordiste) dans un secteur à la lisière des deux régions. L'armée soudanaise visait alors la rébellion du Darfour, mais une bombe était tombée du côté sud de la frontière.

L'Etat sudiste du Bahr al-Ghazal Nord est limitrophe à la région du Darfour (nord-ouest du Soudan), en proie à la guerre civile depuis plus de sept ans.

"Nous n'avons pas combattu (mercredi) les groupes rebelles qui ont cherché refuge chez le SPLA du côté sud de la frontière de 1956", a précisé le porte-parole de l'armée soudanaise.

Un haut responsable du parti du Congrès national (NCP) du président Omar el-Béchir, Mandour al-Mahdi, a accusé mardi dans la presse locale l'armée sudiste d'aider la rébellion du Darfour, ce qui constitue, selon lui, une "déclaration de guerre".

Ces propos interviennent alors que le chef d'un des deux principaux groupes rebelles du Darfour, Abdelwahid Mohammed Nour, leader historique de l'Armée de libération du Soudan (SLA), est actuellement à Nairobi, au Kenya, ont indiqué des responsables de son mouvement à l'AFP.

Selon les medias soudanais, M. Nour devrait se rendre au Sud-Soudan au cours des prochains jours, ce qui a fait bondir des responsables nordistes. La visite de M. Nour au Sud-Soudan n'a toutefois pas été confirmée par ce dernier.