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L'UE demande au Kenya d'arrêter le président soudanais

Le Monde, 26 Août 2010

Le Kenya a violé ses obligations en n'arrêtant pas lors de sa visite le président soudanais Omar el-Béchir, visé par des mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), a affirmé vendredi 27 août le président de l'assemblée des Etats reconnaissant la CPI.

Qu'il ne l'ait pas fait est "une violation très sérieuse de ses obligations découlant du statut de Rome dont il est signataire", a ajouté Christian Wenaweser dans un entretien téléphonique avec l'AFP.

Plus tôt dans la journée, Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l'Union européenne, avait pourtant appelé le Kenya à "respecter ses obligations" et à arrêter le président soudanais.

"La haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères est préoccupée par la visite du président Omar el-Béchir au Kenya, un pays qui a ratifié le statut de Rome instituant la CPI", indique un communiqué de ses services.

"Elle rappelle fermement qu'il importe que tous les Etats membres de l'ONU respectent l'application des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité de l'ONU. (...) Elle demande instamment au Kenya de respecter ses obligations de droit international et d'arrêter et remettre au tribunal les personnes inculpées par la CPI."

INVITÉ "EN TANT QUE VOISIN"

Le Kenya a justifié l'invitation du président soudanais à venir "en tant que voisin" pour les célébrations de la promulgation de la nouvelle Constitution, où étaient invités d'autres chefs d'Etats africains. "Nous n'avons à nous excuser à propos d'aucun de nos invités parce que je suis sûr que nous améliorons la paix, la sécurité et la stabilité dans la région et non le contraire", a ajouté M. Wetangula.

Pourtant, le gouvernement kényan n'est pas uni devant cette décision. Le vice-ministre de la défense, David Musila, a estimé que "le Kenya s'est couvert de honte en invitant le président Béchir à visiter le pays", appelant à l'arrestation immédiate de celui-ci s'il se trouvait toujours sur le territoire kényan.

PEUR DE RENDRE DES COMPTES À LA CPI

Les analystes estiment que le refus des dirigeants africains de coopérer avec la CPI est due à la crainte d'avoir eux-mêmes un jour à rendre des comptes à cette dernière.

"Par leur invitation à Béchir, les dirigeants kenyans s'offrent une assurance pour le cas où ils auraient à faire face un jour à des mandats d'arrêt de la CPI. En attendant, ils rappellent que le talon d'Achille de la justice pénale internationale reste la coopération des Etats", estime Lars Waldorf, spécialiste de droit international au Centre des droits de l'homme de la faculté de droit de York, au Royaume-Uni.

Pour Ahmed Hussein Adam, porte-parole des rebelles darfouris du Mouvement pour la justice et l'égalité, la plupart des dirigeants africains qui se sont rangés derrière le président soudanais le font "parce qu'ils craignent pour eux-mêmes, pas parce qu'ils aiment Béchir".

"Ils le soutiennent à cause de leurs propres dossiers parce qu'ils ont commis de multiples violations de droits de l'homme contre leur peuple", a-t-il dit, interrogé par l'AFP depuis Londres. La CPI pourrait prochainement demander l'arrestation de Kényans impliqués dans les violences postélectorales de 2007-2008 qui avaient fait plus de mille morts.

Malgré l'émission de mandats d'arrêt, le président soudanais a voyagé dans différents pays d'Afrique sans jamais être inquiété.