Sauver Le Darfour dans le monde

Darfour - Le Soudan se moque du monde

France Soir, 23 Juillet 2010


Malgré deux mandats d’arrêt internationaux, le premier pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au Darfour, le second pour génocide, le président soudanais, Omar el-Béchir, est reçu en grande pompe au Tchad.

Omar El Béchir Omar El Béchir © SIPA Hier, Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l’Union européenne, a exhorté le Tchad à déférer devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye le président soudanais, Omar el-Béchir, qui participe, jusqu’à ce soir, à N’Djamena, au 12e sommet de la Communauté des Etats sahélo-sahariens : accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, l’homme est visé, depuis le 4 mars 2009, par un mandat d’arrêt lancé par la CPI, complété ce mois-ci par un second mandat pour génocide.

Depuis 2003, la région rebelle du Darfour a subi massacres, viols, enlèvements, pillages… Confrontée à un mouvement indépendantiste soutenu par le Tchad voisin, l’armée soudanaise, épaulée par les milices arabes des Janjawids, a terrorisé les populations civiles. Bilan : 300.000 morts et 2,7 millions de déplacés.

Une page tournée

« Ma présence à N’Djamena témoigne de notre volonté de tourner la page après les différends qui ont opposé nos deux pays », a affirmé Omar el-Béchir. Une phrase que son hôte tchadien, Idriss Deby Itno, a repris à son compte : « Nous avons tourné ensemble, avec mon frère Béchir, la page sombre de notre histoire. » Une « normalisation » qui s’aligne sur la décision de l’Union africaine (UA) de ne pas coopérer avec la CPI pour que la justice passe au Darfour. Pourtant, le porte-parole du Département d’Etat américain, Philip Crowley, ainsi que les ONG Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International, rappellent que le Tchad a signé et ratifié le statut de Rome, acte fondateur, en 1998, de la Cour pénale internationale, qui l’oblige à coopérer avec elle.