Sauver Le Darfour dans le monde

Les enjeux auxquels est confronté le président soudanais

Le Monde, 29 Avril 2010

Son élection à la présidence réhabilite-t-elle Omar Al-Bachir sur la scène internationale ?

Il espérait accélérer sa mutation d'ex-officier putschiste à la tête d'un état paria en président légitime d'un Soudan rénové. Cela risque de s'avérer ardu. Le président Al-Bachir fait l'objet de sept chefs d'accusation de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis au Darfour, assortis d'un mandat d'arrêt international. Contre ces poursuites, qui influencent ses principales décisions politiques, il avait organisé un mouvement de résistance avec l'Union africaine (UA), la Ligue arabe et des pays amis. L'UA, en juillet, a annoncé que ses membres ne collaboreraient pas à son arrestation. Cette décision, initiée par la Libye, a été rejetée, depuis, par plusieurs états, tels le Botswana ou l'Ouganda. Au sein de la Ligue arabe et des pays amis, le cas Bachir est devenu une source d'embarras, et ses soutiens s'effritent.

Tient-il solidement le pouvoir à Khartoum ?

Le président soudanais comptait sur son élection pour se renforcer à la tête du pays. S'il bénéficie toujours du soutien de l'armée et de cercles d'affaires issus du mouvement islamiste, il est en butte à l'opposition de responsables du parti au pouvoir et d'une partie des organes de renseignement. Une révolution de palais a même été envisagée par des groupes influents au sein du pouvoir. Omar Al-Bachir risque de traverser une nouvelle période difficile à mesure qu'approche la date butoir du référendum d'autodétermination du Sud-Soudan, en 2011.

La sécession entre le Nord et le Sud-Soudan est-elle possible ?

Son éventualité, qui doit être décidée par la voie d'un référendum dans le Sud, organisé au plus tard en janvier 2011, est prévue par l'accord global de paix (CPA) signé entre le pouvoir du Nord et l'ex-rébellion sudiste en 2005. Plus de 90 % de sudistes sont favorables à la sécession, selon un sondage réalisé par l'Institut national démocratique (NDI). Omar Al-Bachir a répété plusieurs fois ces derniers mois qu'il ne s'opposerait pas à cette sécession. Mais plusieurs tendances au sein du pouvoir considèrent qu'il est vital de conserver le Sud, où se trouve l'essentiel des réserves pétrolières du pays.

Le Soudan est-il sorti de la guerre ?

Une remise en question du référendum par le Nord pousserait les responsables de l'ex-rébellion sudiste à procéder à une déclaration unilatérale d'indépendance, susceptible de rallumer la guerre. Responsables du Nord et du Sud discutent donc, en parallèle, sur les modalités d'un divorce en douceur. L'exportation du pétrole du Sud pourrait ainsi transiter par l'oléoduc du Nord. Khartoum toucherait des royalties.

Le Soudan est-il un pays isolé ?

Il l'a été dans les années 1990, à l'initiative des Etats-Unis, qui l'ont traité en Etat paria. Depuis, le Soudan a diversifié ses partenaires. Chine, Malaisie, Inde, pays du Golfe investissent au Soudan. Après avoir contribué à sortir le Soudan de son isolement et permis au pays de commencer à produire du pétrole (aujourd'hui 500 000 barils par jour), certains de ces pays participent aussi à une forme de normalisation. Pékin a ainsi incité Khartoum à adopter une démarche plus conciliante sur certains dossiers.