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Combats au Soudan avant l'annonce des résultats des élections générales

Le Monde, 26 Avril 2010


Dans d'autres circonstances, les graves affrontements qui ont fait près de soixante morts dans l'ouest du Soudan, entre les villes de Raja et de Matariq, dimanche 25 avril, s'inscriraient dans la continuité des conflits entre éleveurs de tribus arabes du Darfour et leurs ennemis de longue date, les membres de l'ex-rébellion sudiste.

Mais ces violences locales prennent une autre dimension dans l'attente crispée des résultats des élections générales au Soudan, tenues du 11 au 15 avril. Et notamment parce que ces élections, hâtivement qualifiées d'historiques dès lors qu'elles sont les premières depuis 1986, ouvrent la voix à une éventuelle sécession du sud du pays après le référendum d'autodétermination de janvier 2011.

Les affrontements entre des membres de l'ex-rébellion sudiste, l'Armée-Mouvement de libération des peuples du Soudan (SPLA-M), et des groupes armés appartenant à des éleveurs d'une tribu dite "arabe du Darfour", les Rizeigat, ont éclaté aux confins du pays le plus étendu d'Afrique, dans une zone très disputée pendant la guerre civile (1983-2005). Cette zone ouvre le chemin à des échanges et des trafics en direction de l'Afrique centrale, et ses pâturages sont convoités.

MIGRATION DES TROUPEAUX

Le conflit des jours derniers a surtout pour cadre les tensions liées à l'utilisation des puits et des pâturages. Il ne devrait donc entretenir aucun lien direct avec le processus électoral. Mais à Raja, des heurts avaient déjà fait plusieurs victimes pendant le vote. Cette région est à cheval sur une ligne encore virtuelle, mais déjà contestée. Cette ligne pourrait se transformer en frontière entre deux Etats indépendants, l'un au nord l'autre au sud, si conformément à l'accord de paix global entre le nord et le sud signé au Kenya en 2005, les "sudistes" se prononcent pour leur autodétermination lors d'un référendum en janvier 2011.

Les violences se poursuivaient dimanche. Lundi 26 avril, le bilan de ces affrontements s'établissait à plus de cinquante morts, tandis que la SPLA renforçait ses positions dans la région. Des responsables militaires de l'ex-rébellion ont accusé les tribus arabes d'avoir reçu le soutien de l'armée régulière du Nord, les Forces armées soudanaises (SAF), laissant planer la menace d'une escalade Nord-Sud. D'autres situations de conflit similaires, depuis la signature de l'accord de paix en 2005, ont été résolues par la voix de négociations.

Le Sud-Darfour (qui, administrativement, fait partie de la moitié nord du pays) est voisin du Bahr Al-Ghazal occidental, Etat du Sud. Dans cette région où l'élevage joue un rôle important, le bétail suit des routes de migration saisonnières de plus en plus contestées. Des conflits liés au passage des troupeaux, à l'eau et la propriété de la terre s'y sont intensifiés au cours des années. Ils ne concernent pas que des groupes nordistes et sudistes, loin de là.

CLIMAT DE TENSION

Au cours du mois écoulé, une série d'affrontements entre tribus arabes a eu lieu au Sud-Darfour, opposant notamment un groupe Rizeigat aux membres d'une autre tribu arabe, les Sa'ada. Ces derniers accusent des unités des forces soudanaises composées d'ex-janjawids – miliciens utilisés par le pouvoir soudanais pour mener la contre-insurrection au Darfour sous la forme d'une campagne de terre brûlée et d'assassinats massifs, à partir de 2003 – d'avoir soutenu leurs rivaux.

Le climat de tension est renforcé par l'attente de résultats pour les élections générales. Dimanche, la commission électorale soudanaise a annoncé à Khartoum qu'elle espérait annoncer les résultats de la présidentielle pour l'ensemble du pays et de celle du Sud-Soudan à partir de lundi.

Le président soudanais, Omar Al-Bachir, compte sur cette élection pour tenter de faire de la résistance, avec l'appui de l'Union africaine, aux mandats d'arrêt émis à son encontre par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes contre l'humanité commis au Darfour.

M.Al-Bachir devrait être élu sans difficulté. Salva Kiir, l'actuel président de la région du Sud-Soudan, devrait être, lui aussi, reconduit à son poste, faute d'opposant de poids dans sa région.