Sauver Le Darfour dans le monde

Béchir, un paria qui veut rester président du Soudan

L'express, 12 Avril 2010

Depuis dimanche, le Soudan vote pour son prochain président... Inculpé par la justice internationale, le maître de Khartoum compte sur les urnes pour perpétuer son emprise sur un Etat à l'unité menacée.

Bien avant la tenue des scrutins - présidentiel, législatif et régional - programmés de ce dimanche 11 au mardi 13 avril, le raïs soudanais Omar el-Béchir avait décroché un nouveau mandat. Celui que la Cour pénale internationale délivra à son encontre, en mars 2009, pour les crimes perpétrés dans les provinces rebelles du Darfour. Cet officier parvenu au pouvoir en 1989 au prix d'un putsch de velours avalisé par la mouvance islamiste peut en outre revendiquer le titre de premier chef d'Etat en exercice épinglé par le tribunal de La Haye.

Pas sûr qu'un tel sceau d'infamie "occidental" nuise à son aura. Dans le Nord musulman, il dope au contraire sa popularité. Mieux, ou pis, le paria peut compter sur le soutien de l'Union africaine, encline à défier ainsi la "justice des Blancs". Renfort paradoxal octroyé à un potentat dont les milices arabes ont dévasté dans l'enfer darfouri tant de villages négro-africains...

Vers un sécession dans le Sud chrétien

Voilà comment le plus vaste pays du continent, privé de toute consultation pluraliste depuis 1986, s'apprête à prolonger par les urnes le bail de celui qui, avant même de "normaliser" l'Ouest soudanais, avait intensifié le quasi-djihad mené contre les séparatistes du Sud, chrétiens et animistes pour l'essentiel. Et ce dans un contexte surréaliste: on voit mal les millions de déplacés et de réfugiés accomplir leur devoir civique alors même que rougeoient les braises de conflits mal éteints.

Une volée d'élections peut en cacher une autre. Les échéances de ce printemps revêtent moins d'importance que le référendum de janvier 2011. C'est alors qu'en vertu de l'accord de paix signé six ans plus tôt sous la pression des Etats-Unis les sudistes choisiront selon toute vraisemblance de s'affranchir de la tutelle de Khartoum. Restera alors à conjurer le spectre de la guerre de sécession.