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Soudan : après la présidentielle, le référendum ?

Affaires-stratégiques.info, 27 Avril 2010


Avec 68,24% des voix, l’élection présidentielle soudanaise qui s’est tenue entre le 11 et le 15 avril, a arrêté la victoire du président sortant Omar El-Béchir. Parce que ses principaux opposants, le musulman laïc Yasser Arman soutenu par l’ex-rébellion sudiste et Sadek al-Mahdi du parti Umma, se sont retirés du combat électoral par suspicion anticipée de fraude, l’issue de ce scrutin n’a pas fait figure de surprise. Sous mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, l’ancien putschiste de 1989 a toutefois annoncé que le très attendu référendum sur l’autonomie du Sud-Soudan serait maintenu en janvier 2011.

Prévu par l’accord de paix global de 2005, qui mit un terme à la guerre civile opposant depuis 1983 l’ex-rébellion sudiste, l’Armée-Mouvement de Libération des peuples du Soudan (SPLA), et des groupes d’éleveurs arabes du Darfour, ce référendum devrait consacrer Salva Kiir président du Sud-Soudan. Réélu à 92% à la tête de la région lors de ce dernier suffrage, l’ex-rebelle sudiste a écrasé Lam Kol, son opposant unique et ancien compagnon d’armes qui collabora au gouvernement de Khartoum entre 2005 et 2007.

Si les sudistes sont bien déterminés à accéder à l’indépendance, et à voir Juba obtenir le titre de capitale, Khartoum n’aurait pas tellement intérêt à ce que le « oui » l’emporte. Le Soudan jouit de la cinquième plus grosse réserve de pétrole en Afrique et si l’or noir représente pas moins de 98% de celles des recettes du Sud-Soudan, il compte également pour 60% de celles du gouvernement central. Or, les bénéfices tirés de l’exploitation située au Sud-Soudan sont reversés à Juba par Khartoum à hauteur de 50%. L’enjeu est donc de taille pour le nord qui devrait renoncer à cette manne. Situés aux confins des frontières de ces deux régions, les principaux champs pétroliers devraient, à coup sûr, être l’objet de nombreuses controverses. La « malédiction du pétrole » pourrait bien encore jouer des tours à ses principaux bénéficiaires.

D’ores et déjà palpables, les tensions, ici suscitées par ce premier scrutin « multipartite » depuis 1986, ont donné lieu à de violents affrontements dans la partie ouest du pays le dimanche 25 avril. Le bilan est lourd : les heurts entre les villes de Raja et Matariq ont fait près de soixante morts.


Sources : Le Monde, Jeune Afrique, RFI, Romandie News.