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Le Darfour, une région clef au coeur des premières élections multipartites organisées au Soudan depuis 26 ans

Nouvel Observateur, 11 Avril 2010


Le président Omar el-Béchir a mené une campagne électorale active au Darfour afin de remporter les premières élections multipartites organisées dans le pays depuis 26 ans.

Les Soudanais voteront à partir de dimanche pour élire leur président, leur parlement et leurs assemblées régionales. C'est la première fois que le président Omar el-béchir, au pouvoir depuis 1989, organise de telles élections.
L'actuel président, qui avait dû faire face en mars 2009 à un mandat d'arrêt international de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, doit convaincre une population qui lui est majoritairement hostile au Darfour tandis que nombre d'observateurs doutent de la crédibilité des conditions de vote.

Les rebelles du Darfour ont appelé au boycott et la plupart des 2,5 millions de réfugiés, qui ont été expulsés de leurs maisons après les trois années de guerre, ne se sont pas inscrits sur les listes électorales.
De nombreux partis politiques ont décidé de se retirer, estimant que le gouvernement d'el-Béchir manipulait le vote.

Au Soudan, certains espèrent que ces élections puissent permettre d'apaiser le conflit au Darfour ainsi que les tensions entre le nord et le sud du pays, qui enveniment la gouvernance du plus grand pays africain.
Le conflit au Darfour, qui a commencé en 2003 par une rébellion accusant les autorités de Khartoum de discrimination, a causé la mort d'environ 300.000 personnes. Une majorité des déplacés vivent au Darfour mais certains ont fui vers le Tchad.

D'après des spécialistes, un changement des centres de population est inévitable car le retour des réfugiés dans leur village d'origine -dont nombre ont été incendiés et détruits- est inconcevable, compte tenu de la sécheresse et du manque de ressources en eau dans certains secteurs de cette vaste région aride.

L'ONG International crisis group craint qu'un vote truqué au Darfour ne provoque des représailles de la part des rebelles. C'est pour cela que le parti d'el-Béchir a fait davantage campagne au Darfour que dans la capitale Khartoum.
Le 1er avril dernier, plusieurs candidats à la présidentielle soudanaise ont décidé de se retirer de la course, doutant de l'équité de ces premières élections multipartites. Ils estiment que la mainmise présumée du gouvernement sur les médias et les règles biaisées qui régissent le scrutin rendent impossible la tenue d'un scrutin équitable.

Le principal parti politique du Sud-Soudan, le Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), avait retiré la candidature de Yassir Arman, qui était considéré comme l'adversaire le plus sérieux d'Omar el-Béchir.
Le SPLM a également annoncé qu'il ne présentera pas de candidats au Darfour pour les élections locales et législatives qui doivent avoir lieu en même temps que le scrutin présidentiel.

Ainsi, dans le camp d'Abou Shouk, situé à proximité de la ville d'El-Fasher au Darfour, de nombreux réfugiés ont expliqué à l'Associated Press qu'ils auraient voulu voter pour le candidat du sud si celui-ci ne s'était pas retiré de la course à la présidence du Soudan.

Ces élections constituent une étape importante de l'accord de paix passé en 2005 entre le Nord et le Sud pour mettre fin à 21 ans de guerre civile. Elles doivent ouvrir la voie à un référendum qui doit permettre au Sud de décider s'il fait sécession vis-à-vis du Nord musulman.