Sauver Le Darfour dans le monde

Le pouvoir islamiste verrouille les élections soudanaises

L'humanite, 12 Avril 2010


Observateurs, défenseurs des droits de l’homme et opposants au président sortant, l’islamiste Omar el-Béchir, doutent de la sincérité des élections qui ont débuté hier.

Les opérations de vote ont débuté hier au Soudan, où 16 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour les élections présidentielles, législatives et régionales (voir notre édition du 9 avril). Des élections « multipartites » toutes relatives, puisque, après vingt et un ans de règne, le militaire islamiste Omar el-Béchir, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité au Darfour, est assuré de l’emporter après le retrait de ses principaux opposants. Ceux-ci dénoncent la partialité de la commission électorale et craignent des fraudes.

Les faits semblent confirmer leurs inquiétudes  : hier, des retards de livraison du matériel électoral étaient constatés dans de nombreux bureaux de vote. Mercredi, la mission d’observation de l’Union européenne a retiré son personnel du Darfour, région sous état d’urgence en proie à la guerre civile. En cause  : les restrictions imposées aux déplacements des observateurs. « Nous sommes obligés de rester dans une zone très limitée et cela n’a rien à voir avec une observation juste, a déploré son chef, Véronique De Keyser. Nous aurions pu dire que tout est OK mais il y a des fraudes majeures. » Pour les défenseurs des droits de l’homme, au-delà de l’organisation des élections, c’est le caractère même du régime autoritaire de Khartoum qui altère la sincérité du scrutin. « Les violations des droits de l’homme – particulièrement les restrictions à la liberté de réunion et à la liberté de la presse – menacent la perspective d’un vote libre, juste et crédible », estime Georgette Gagnon, directrice pour l’Afrique de Human Rights Watch.

Pour le Sudan Democracy First Group, une coalition de démocrates et de syndicalistes, ces élections « absurdes » préparent « le tombeau de tout processus de démocratisation et la poursuite d’un quart de siècle d’oppression d’Omar el-Béchir et de son parti ».