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Darfour: le bout du tunnel ou le fond de l'impasse ?

Posts Afrique, 24 Février 2010

«La guerre au Darfour est terminée»: c'est le président soudanais Omar al-Béchir qui le déclare. L'annonce ne manque pas de sel alors même que l'armée soudanaise vient de lancer une offensive dans le Jebel Marra, dernier sanctuaire de la rébellion au Darfour.
La signature, mardi au Qatar, d'un cessez-le-feu entre le gouvernement soudanais et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), le plus puissant des mouvements rebelles, est en effet un développement majeur dans cette guerre civile qui dure depuis 2003 et a causé quelque 250.000 morts et plus de 2 millions de déplacés dans l'ouest du Soudan.

L'accord entre le MJE et Khartoum n'est pas une surprise. D'abord parce que le principal sponsor de ce mouvement rebelle, le président tchadien Idriss Déby, vient de se réconcilier avec son homologue soudanais Omar al-Béchir. Le MJE, qui avait réussi à atteindre la capitale soudanaise lors d'un raid audacieux en mai 2008 et avait plusieurs fois sauvé Déby menacé par des rebelles armés et soutenus par le Soudan, était le principal instrument de la guerre par procuration entre les deux pays.

Le MJE est essentiellement composé de Zaghawas, une ethnie à cheval entre le Tchad et le Soudan et à laquelle appartient Déby. Or, les dirigeants tchadiens comme soudanais ont chacun besoin d'un répit pour organiser des élections et retrouver une certaine légitimité. En particulier le Soudanais Béchir, inculpé par la Cour pénale internationale de crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour et qui espère être largement réélu aux élections générales du 11 avril prochain.

L'autre raison à cette soudaine volonté de “paix” de Khartoum, c'est que le pouvoir soudanais sait qu'il sera confronté, d'ici un an, à un problème plus grave encore que l'agitation au Darfour: la possible sécession du Sud-Soudan, riche en pétrole, qui doit se prononcer l'année prochaine par référendum sur son indépendance. Khartoum souhaite donc en finir avec le conflit au Darfour, pour éviter d'avoir à se battre sur deux fronts. D'ailleurs, Omar al-Béchir a annoncé au début de la campagne électorale, en janvier, avoir l'intention de parvenir à un accord de paix au Darfour dans les deux mois.

Tout semble indiquer que l'accord entre le MJE et Khartoum - idéologiquement, rien ou presque n'oppose les dirigeants du MJE et le pouvoir soudanais, le chef rebelle Khalil Ibrahim ayant un fort “background” islamiste - ouvre la porte à un “nettoyage” des derniers bastions rebelles au Darfour, notamment le Jebel Marran, fief le Mouvement de libération du Soudan (MLS) d'Abdel Wahid al-Nour. Ce dernier, réfugié en France, refuse obstinément de participer à des négociations de paix tant que le pouvoir ne cesse pas les combats et que les déplacés ne rentrent pas dans leurs villages détruits. Des préconditions constamment refusées par Khartoum et qui agacent de plus en plus la communauté internationale et le médiateur du conflit, Djibril Bassolé, un Burkinabé nommé par l'Union africaine. Au point que c'est à
se demander si l'offensive de l'armée soudanaise dans la région montagneuse du Jebel Marra – une première dans l'histoire de ce conflit - n'a pas l'assentiment tacite de la communauté internationale. Médecins du monde a en effet dû quitter la ville de Déribat, attaquée mercredi: selon l'ONG française le nombre de déplacés dans cette zone est désormais de 100 000. Pour le pouvoir soudanais, la “paix” au Darfour signifie surtout la “pacification” du Darfour.