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Darfour: le chef de la Minuad ne veut pas que les négociations s'éternisent

Le Monde, 28 Janvier 2010

Le nouveau chef de la mission des casques bleus au Darfour, le Nigérian Ibrahim Gambari, a exprimé jeudi le souhait de parvenir rapidement à la paix dans cette région, craignant que les négociations ne s'éternisent comme au Proche-Orient.

"Nous sommes des acteurs dans un rôle de soutien, nous voulons faire davantage", a déclaré à des journalistes M. Gambari, qui succède au Congolais Rodolphe Adada à la tête de la force de maintien de la paix ONU-Union africaine au Darfour (Minuad).

Le conflit au Darfour, dans l'ouest du Soudan, a fait 300.000 morts selon les estimations de l'ONU, 10.000 d'après Khartoum, depuis son début il y a sept ans.

Un accord de paix avait été signé en mai 2006 entre le gouvernement de Khartoum et une seule des nombreuses factions rebelles, ce qui avait ouvert la voie au déploiement d'une mission de maintien de la paix. Depuis son déploiement en 2008, la Minuad a soutenu différentes initiatives de paix sans en être un acteur de premier plan.

"Nous soutenons, nous sommes derrière la scène, mais nous voulons voir comment nous pourrions faire preuve de plus d'initiatives", a souligné M. Gambari, lors d'une rencontre avec quelques correspondants dans un hôtel de Khartoum après avoir rencontré le président soudanais Omar el-Béchir.

Des mouvements rebelles sont actuellement réunis à Doha sous les auspices du Qatar et du négociateur de l'ONU et de l'Union africaine, Djibril Bassolé, mais des négociations directes entre la rébellion et le gouvernement soudanais tardent à se mettre en branle.

"Pour parler franchement, je ne veux pas que ceci devienne un autre processus de paix comme au Proche-Orient où nous ne parlons même plus de +paix+ mais de +processus de paix+. Je ne veux pas d'un +processus de paix du Darfour+ qui soit sans fin", a ajouté M. Gambari.

"Je voudrais voir un accord de paix global signé (dans la prochaine année) afin que nous puissions le mettre en oeuvre", a-t-il dit. "Je pense qu'en 2011 l'attention sera centrée sur le référendum, alors il est nécessaire de faire tout ce qui est possible d'ici la fin de l'année", a-t-il ajouté.

Le Soudan se dirige vers ses premières élections multipartites depuis 24 ans en avril prochain, scrutin suivi en janvier 2011 par un référendum sur la sécession du sud du pays. Selon des observateurs, ces événements pourraient détourner l'attention de l'épineuse question du Darfour.

Le centre d'intérêt des acteurs internationaux est maintenant "de gérer les élections nationales et le référendum de 2011 sur l'autodétermination (du sud) afin d'éviter le pire des scénarios, une nouvelle guerre civile qui soit plus étendue que celle au Darfour", souligne l'organisme Small Arms Survey dans une étude récente.

Le Nord, majoritairement musulman, et le Sud, chrétien et animiste, ont mis fin en 2005 à deux décennies de guerre civile à l'origine de deux millions de morts.